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Guerre en Ukraine. Tension autour de la mer Noire: la Turquie navigue à vue – Libération

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« Les tensions entre la Russie et l’Ukraine dans la région inquiètent Ankara, en position d’équilibriste depuis le début du conflit » rapporte Anne-Sophie Faivre Le Cadre dans Libération.

Alors que l’Ukraine et la Russie s’accusent mutuellement de poser des mines dans la mer Noire, celle-ci devient une victime collatérale du conflit. Le ministère turc de la Défense a ainsi annoncé le 6 avril que des équipes de plongeurs de l’armée turque avaient fait exploser une mine navale flottante en mer Noire, la troisième de ce type découverte dans ses eaux depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine.

Une situation de tension qui inquiète les autorités turques, soucieuses de la suprématie de la Russie sur cette mer intérieure. «Avec la guerre au nord de la mer Noire, les chaînes de production et d’approvisionnement ont été confrontées à de nouvelles menaces», a déclaré le président Erdogan mardi, alors qu’il affirmait que la Turquie était en passe de devenir la «superpuissance logistique d’une vaste géographie s’étendant de Londres à Pékin, de la Sibérie à l’Afrique du Sud». Ce n’est pas la première fois que le chef d’Etat turc fait part de ses inquiétudes quant aux eaux dont il partage le rivage avec cinq autres pays. «La mer Noire est presque devenue un lac russe», déplorait-il dès 2016, tout en plaidant pour l’évolution d’une flotte conjointe bulgaro-roumaine-turque.

Contrepoids

Six ans plus tard, la Turquie s’est affirmée comme la seule puissance capable de tenir tête à la flotte russe. Un contrepoids fondamental à l’expansionnisme de Moscou – car si la Russie parvient à prendre le contrôle d’Odessa, elle dominera sans partage le nord de la mer Noire. Et l’Ukraine, alors coupée de cet accès maritime, deviendra un pays enclavé. «La situation actuelle n’est pas sans rappeler la guerre de Crimée, ayant opposé de 1853 à 1856 l’empire russe à une coalition composée de l’empire ottoman, l’empire français et le Royaume-Uni. Bien sûr, aucun de ces pays n’est aujourd’hui activement engagé dans le conflit, mais ils offrent leur soutien matériel à l’Ukraine», analyse le président du Conseil des relations internationales de la Turquie, Mustafa Aydin. Le conflit, centré autour de la base navale de Sébastopol, s’était soldé par un échec de l’empire russe.

«Toute action de la Russie, depuis la guerre froide, a affecté la stabilité de la mer Noire», rappelle le chercheur. Depuis la fin des années 90, des programmes de coopération internationaux maritimes – dont le programme Blackseafor, dirigé par les forces turques – ont assuré la stabilité et la sécurité de la région. Une stabilité qui n’a cessé de décliner depuis l’intervention russe en Géorgie, en 2008. «Les pays de la région ont été de plus en plus réticents à coopérer avec la Russie. Depuis, l’annexion de la Crimée, en 2014, les programmes de coopération sont en sommeil», dit Mustafa Aydin. «La situation que nous vivons offre de troublantes similitudes avec la guerre froide : la mer Noire devient une zone de paix froide, la Russie contrôlant la majeure partie du nord et la Turquie la majeure partie du sud.» La clé de voûte de l’équilibre géopolitique de la région reste la convention de Montreux. Depuis 1936, ce texte offre à la Turquie le contrôle de l’accès à la mer Noire par les détroits du Bosphore et des Dardanelles. La Turquie, elle, doit garantir une «liberté totale» aux navires civils qui l’empruntent – et n’est autorisée à bloquer les navires militaires qu’en temps de guerre.

Renforcement

La présence accrue de la flotte russe en mer Noire ne fait que complexifier le jeu d’équilibriste auquel s’adonne la Turquie depuis le début de la guerre en Ukraine. Liée à Moscou par une lourde dépendance énergétique ainsi que de puissants liens touristiques, Ankara ne peut se permettre de «brûler les ponts»avec Moscou, selon la formule employée le 27 mars par le porte-parole de la présidence, Ibrahim Kalin.

Si la relation turco-russe ne semble pas directement menacée en l’état, la présence turque dans cette zone maritime pourrait jouer en faveur d’un possible renforcement des liens d’Ankara avec l’Otan. La Turquie, qui a été le seul pays de l’alliance à s’opposer à la Russie sur de nombreux théâtres d’opérations – d’Idlib (en Syrie) au Haut-Karabakh (dans le Caucase) –, pourrait utiliser sa position de seule puissance à même de rivaliser avec la Russie en mer Noire pour renforcer ses liens avec l’Otan. «Il y aura un changement qualificatif avec les membres individuels de l’Otan qui, officiellement ou officieusement, sanctionnent la Russie»,prédit ainsi Mustafa Aydin.

La guerre remet la mer Noire, négligée par Ankara ces sept dernières années, au centre de l’échiquier géopolitique turc. «La Turquie doit renouer avec cette région, conclut Mustafa Aydin. Pour Ankara, revenir à la situation de coopération du début des années 2000 serait la meilleure option, mais cette hypothèse est peu probable. Avec le conflit russo-ukrainien, la mer Noire est appelée à devenir une aire géographique de plus en plus troublée et instable.»

Libération, 14 avril 2022, Anne-Sophie Faivre Le Cadre, Photo/YORUK ISIK/Reuters

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