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Jacques Thobie THOBIE, spécialiste de l’histoire économique de l’empire ottoman nous a quitté le avril.

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Nous publions ici l’hommage que rend à Jacques Thobie le professeur émérite Faruk Bilici

HOMMAGE À JACQUES THOBIE (1929-2020)

Faruk Bilici, “Hommage à Jacques Thobie (1929-2020),” in Dipnot, 09/04/2020,

Historien des relations internationales et spécialiste d’histoire économique et financière du Moyen-Orient, Jacques Thobie vient de nous quitter à l’âge de 91 ans, après avoir accompli une œuvre scientifique monumentale et formé un grand nombre d’étudiants et chercheurs.

Reconnu et respecté par le monde scientifique, Jacques Thobie était élève à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire et titulaire de deux thèses fondamentales dans le sillage de Pierre Renouvin et de Jean-Baptiste Duroselle, eux-mêmes  : la première (3e cycle) sur les phares ottomans, publiée en 2004 sous le titre L’administration générale des phares de l’Empire ottoman et la société Collas et Michel (1860-1960) – Un siècle de coopération économique et financière entre la France, l’Empire ottoman et les États successeurs (Paris, L’Harmattan). Le premier volume de sa thèse d’État, Intérêts et impérialisme français dans l’Empire ottoman (1895-1914), a été publiée en 1977 aux Publications de la Sorbonne. Après la soutenance de celle-ci en 1973, Jacques Thobie est élu maître de conférences à l’Université Rennes II, où il enseigna durant quinze ans avant d’être élu professeur d’histoire des relations économiques internationales contemporaines à l’Université Paris VIII, de laquelle il était professeur émérite.

Directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul (1991-1994), puis, professeur à l’Université de Galatasaray, Jacques Thobie était également l’un des fondateurs avec J.-B. Duroselle de la revue des Relations Internationales en 1974. Grand connaisseur des sources financières économiques internationales et notamment moyen-orientales, émanant des archives publiques, mais aussi des grandes banques (le Crédit Lyonnais, la Banque de l’Union parisienne, la Banque de Paris et des Pays-Bas, la Société générale), Jacques Thobie était également un « dénicheur » de fonds d’archives méconnus, comme les archives de la Banque impériale ottomane (devenue Banque ottomane en 1925). C’est en grande partie, grâce à son énergie indéfectible que l’ancien siège de la Banque ottomane à Istanbul est devenu un centre de recherche incontournable (SALT). A défaut de pouvoir utiliser les archives ottomanes, Thobie a très largement mis à contribution des sources jusqu’à maintenant considérées comme « secondaires » pour l’analyse des relations internationales.

Ainsi le mérite fondamental de Jacques Thobie est d’avoir placé au cœur des relations internationales, non pas la diplomatie, mais les « forces profondes », telles que l’économie, la finance, le culturel et le cultuel. Son dernier ouvrage, paru en 2009, sous le titre Les Intérêts culturels français dans l’Empire ottoman finissant, l’enseignement laïque et en partenariat (Peeters, Leuven) venait précisément couronner cette vision de l’histoire globale. Dans cet ouvrage, l’action éducative de la France est examinée sous le prisme des établissements français et étrangers protégés et souvent subventionnés par la France. Naturellement la langue française est un puissant moteur pour accompagner les intérêts économiques et financiers, issus des capitulations et du protectorat catholique. A partir des grandes réformes (Tanzimat), le français joue le rôle de langue de communication dans l’Empire, parfois au-devant du turc ottoman en tout cas dans la diplomatie et l’économie. Dans ses travaux, naturellement J. Thobie s’interroge longuement sur la neutralité de la langue. Du même coup, le contrôle des établissements francophones laïques et des écoles congrégationnisites devient un enjeu, source de tension au même titre qu’en France.

Le grand regret de Thobie serait certainement de ne pas avoir vu le second volet de cette dimension « culturelle », l’enseignement congrégationniste d’origine européenne et plus particulièrement française dans l’Empire ottoman, en tant qu’instrument de l’impérialisme. Sa participation active à l’ouvrage collectif, Histoire de la France coloniale (2 vol. Paris, A. Colin, 1991), dénote, si besoin est, cette préoccupation constante du chercheur de l’histoire coloniale et de son héritage dans le monde contemporain. Si l’Empire ottoman n’est pas transformé dans sa totalité, à une colonie, tout au moins, jusqu’à son découpage en zone d’influence en 1918, certaines régions l’ont été, notamment l’Algérie, l’Égypte et la Tunisie.

La chronologie des travaux de J. Thobie n’est pas limitée à la Première Guerre mondiale et l’espace étudié va bien au-delà de la partie asiatique de l’Empire ottoman et de la Turquie contemporaine. Ses activités scientifiques au travers des différents colloques et ouvrages collectifs sur le thème d’industrialisation en Turquie en Méditerranée orientale tendent à ouvrir de nouveaux champs dans les recherches « post-coloniales » pour les générations futures.

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