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Marc Semo (le Monde) a lu le dernier livre de Hamit Bozarslan

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« L’anti-démocratie au XXIe siècle », une analyse de trois régimes autoritaires dans le monde

Marc Semo le Monde, le 25 juin 2021

L’historien et sociologue du fait politique Hamit Bozarslan compare dans son livre la Russie, la Turquie et l’Iran. Ces « anti-démocraties » se maintiennent avec des élections verrouillées.

 Le qualificatif d’« illibéral », Viktor Orban, le premier ministre nationaliste hongrois, l’a fièrement revendiqué lors d’un discours en Suisse en 2014. Parmi les leaders populistes européens, il a été le premier à oser le mot. Même si ce type de régime était déjà une réalité depuis des années dans certains pays de l’Europe centrale et orientale, à commencer par la Hongrie, et surtout aux lisières de l’Union européenne dans la Russie de Vladimir Poutine ou la Turquie de Recep Tayyip Erdogan.

« Ces régimes ont en commun de se présenter comme une réponse nationale, anti-universaliste, virile et guerrière au système démocratique cosmopoliteefféminé et corrompu” », relève Hamit Bozarslan. L’historien et sociologue du fait politique préfère parler d’« anti-démocratie » pour définir ces systèmes autoritaires ou semi-autoritaires dans lesquels la population vote, mais où l’équilibre des pouvoirs et l’Etat de droit n’existent plus. Ces « objets politiques non identifiés », comme les désigne l’auteur, ont en commun de se penser comme « une réponse nationale et radicale à la démocratie libérale, coupable d’avoir détruit la nation comme entité organique ».

Des modernisations autoritaires

La comparaison entre l’Iran, la Russie et la Turquie est stimulante. Les différences sont évidentes, mais les points communs aussi. « Malgré leurs spécificités, ces régimes apparaissent comme des idéaux typesdes anti-démocraties frustrées »,écrit Hamit Bozarslan. Ce spécialiste du Moyen-Orient ne cache pas non plus ce que ce livre a de personnel comme remise en perspective de ses engagements passés. Et de ceux de toute une génération fascinée « par des pouvoirs liberticides » : le communisme à la sauce russe ou chinoise, puis pour certains d’entre eux la révolution iranienne. « Nous avons appris, alors, qu’une révolution pouvait être à la fois profondément conservatrice et extraordinairement radicale », reconnaît l’auteur, pour qui cet essai et les questions qu’il pose impliquent autant « un engagement chaud qu’une distance analytique froide ».

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Géographiquement limitrophes, la Russie, la Turquie et l’Iran ont des histoires imbriquées, et pas seulement par leurs innombrables guerres mutuelles. Au début du XXe siècle, ces trois pays ont connu sous des formes très différentes des modernisations autoritaires. Ces régimes ont en commun, aujourd’hui, une volonté de revanche vis-à-vis de l’Occident, et de retrouver leur rang dans l’histoire. La Russie comme la Turquie ont la nostalgie de leurs empires passés, ottoman et soviétique, rêvant de reconstituer leur zone d’influence. Pour cela aussi, leur politique extérieure agressive et leur politique intérieure répressive se confondent.

Les anti-démocraties rappellent à certains égards les Etats totalitaires des années 1930 en Europe, mais elles sont moins sanguinaires et leur emprise sur la société reste plus faible. « Nombre d’espaces de résistance tantôt ouvertement politiques, tantôt sociaux et culturels, parviennent à se maintenir malgré la répression et la mort (civique ou physique) qui menace les dissidents à chaque instant », relève Hamit Bozarslan.

« Réforme impossible, révolution improbable »

L’exercice comparatif est particulièrement éclairant entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan. Il y a une rivalité mimétique entre le nouveau tsar qui rêve de reconstituer, même sous une autre forme, ce qu’a été l’empire russe puis soviétique, et le nouveau sultan avec ses nostalgies ottomanes et califales. L’un et l’autre, en outre, furent crédités lors de leur arrivée au pouvoir, au début des années 2000, de volontés modernistes et réformistes rapidement mises de côté pour affirmer un pouvoir toujours plus autoritaire et personnel. Le cas de l’Iran est un peu différent : c’est le Guide suprême Ali Khamenei, successeur de Khomeyni, qui détient le pouvoir réel dans la théocratie qu’est la République Islamique.

Dans ces anti-démocraties, il y a des scrutins. « Présentées comme le signe ultime de conformité à la démocratie, les élections deviennent un moyen de miner la démocratie en tant qu’ordre politique de la cité et de criminaliser le dissensus qui lui est consubstantiel », relève Hamit Bozarslan. L’usure du pouvoir n’en est pas moins réelle, même si un changement de régime est irréalisable à court terme. « Réforme impossible, révolution improbable », résume l’auteur.  

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A cet égard, la situation est très différente entre les trois pays. En Iran, c’est le régime qui choisit les candidats pouvant entrer en lice pour la présidentielle. En Russie, le pouvoir verrouille totalement le processus électoral. En Turquie, la situation est plus complexe. Il y a eu des fraudes ces dernières années. La campagne électorale est inéquitable, mais les scrutins restent ouverts. En témoigne la victoire de l’opposition à Istanbul et Ankara lors des élections municipales du printemps 2019. La présidentielle de 2023, avec ses deux tours, s’annonce hasardeuse pour Erdogan. En revanche, on n’imagine pas Vladmir Poutine chassé du pouvoir par les urnes, ni la théocratie iranienne.

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