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Education et coopération militaire : la stratégie de la Turquie pour s’imposer en Ethiopie – Le Monde

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“Les exportations turques en Ethiopie dans les domaines de la défense et de l’armement ont explosé cette année et sont passées de 203 000 dollars à 51 millions de dollars” dit Noé Hochet-Bodin sur Le Monde.

Lorsque la police éthiopienne a fait irruption aux portes de l’Intellectual School d’Addis-Abeba ce matin du 10 août, Aslan (prénom modifié), l’un des professeurs, a d’abord pensé à une « énième tentative d’intimidation ». Mais le ton ne souffrait, ce jour-là, aucune objection. « Allez-vous-en tout de suite !, ordonnèrent les policiers fédéraux, les armes à la main, l’école est désormais sous notre responsabilité. » En une journée, les autorités éthiopiennes ont suspendu les activités de l’Intellectual School et de dix autres établissements affiliés au mouvement Hizmet : le vaste réseau éducatif et humanitaire du prédicateur turc Fethullah Gülen ne compte désormais plus aucune école en Ethiopie.


Cet ancien allié de Recep Tayyip Erdogan, devenu ennemi juré du président turc, est accusé d’avoir fomenté la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 en Turquie. Depuis, le pouvoir turc cherche par tous les moyens à démanteler le réseau Hizmet dans le monde. En Ethiopie, cela aura pris un peu plus de deux ans. Après leur saisie, les onze établissements ont été transférés à la Fondation Maarif, mise en place par Ankara pour se substituer à la confrérie de Fethullah Gülen.

Une semaine plus tard, le 18 août, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, se rendait dans la capitale turque. Recep Tayyip Erdogan s’y félicitait du transfert des établissements et remerciait son homologue pour son « combat contre le terrorisme ». Les deux hommes en profitaient pour signer un important accord de coopération militaire, dont les détails n’ont pas été rendus publics.

Investisseur important
Aslan voit dans ces dates rapprochées le signe d’une entente plus large entre Addis-Abeba et Ankara. « L’enfant du vice-premier ministre éthiopien était scolarisé dans notre établissement et d’un jour à l’autre le gouvernement nous qualifie d’organisation terroriste, s’étonne-t-il. Cela montre bien qu’il y avait plus important sur la table des négociations. »

Plusieurs sources diplomatiques évoquent l’existence d’un contrat de livraison de drones à l’Ethiopie. Ce que les gouvernements turc et éthiopien ont pour l’instant systématiquement démenti. Abiy Ahmed, englué dans la guerre civile au Tigré depuis presque un an, ne cache pourtant pas son besoin d’acquérir des drones. De leur côté, les rebelles tigréens du Front populaire de libération du Tigré (FPLT) signalent l’utilisation intensive de ces aéronefs depuis plusieurs semaines.

L’agence de presse Reuters indique que le montant des ventes d’armes entre la Turquie et l’Ethiopie a explosé cette année : les exportations dans les domaines de la défense et de l’armement sont passées de 203 000 dollars (environ 175 000 euros) à 51 millions de dollars. Le 20 août, un inhabituel avion-cargo en provenance de Turquie s’est posé sur la base militaire éthiopienne d’Harar Meda pour y décharger sa cargaison.

« La suspension de nos écoles est évidemment politique », dénonce Solomon (prénom modifié), un autre professeur de l’Intellectual School pour qui « cette fermeture n’était qu’une monnaie d’échange au moment de récupérer de l’armement ». L’existence d’un tel accord est « tout à fait crédible », estime Aurélien Denizeau, docteur en relations internationales et spécialiste de la Turquie. « C’est une occasion en or pour Ankara : cela lui permet d’exporter des drones, d’étendre son influence et de fermer les écoles appartenant à Fethullah Gülen », poursuit-il.

Déjà omniprésente en Somalie et proche des militaires à Khartoum, la Turquie « essaye de stabiliser la Corne de l’Afrique pour sécuriser ses propres investissements », précise le chercheur. En outre, l’Ethiopie n’a rien d’une terre nouvelle pour Ankara, qui y est le deuxième investisseur le plus important derrière la Chine.

Un marché à haut potentiel
« Nous percevons l’Ethiopie en quelque sorte comme le prolongement du Moyen-Orient, explique l’ambassadrice de Turquie à Addis-Abeba, Yaprak Alp. Pour nous, c’est une porte d’entrée en Afrique. » La taille de l’Ethiopie et ses 110 millions d’habitants en font un marché à haut potentiel. Deux cent vingt-cinq sociétés turques y sont présentes et « nous recevons presque chaque jour des requêtes d’entreprises qui font des études de marché en vue de peut-être s’y installer. Et ce malgré le Covid-19 et la situation intérieure », précise Yaprak Alp.

En effet, depuis le début de la guerre du Tigré, l’Ethiopie ne fait pas seulement face à une insécurité grandissante. Une inflation de 35 % mine également l’économie. Le surendettement a provoqué des dégradations successives du pays par les agences de notation, si bien que le Fonds monétaire international (FMI) s’est abstenu d’émettre des projections du produit intérieur brut éthiopien pour 2022 « en raison d’un haut degré d’incertitude ».
M. Erdogan a, lui, promis d’augmenter ses échanges commerciaux avec l’Ethiopie de plus d’un milliard de dollars d’ici à 2023. Une façon de rassurer son partenaire et d’œuvrer « pour la paix, la tranquillité et l’unité de l’Ethiopie », selon ses mots.

Le Monde, 18 octobre 2021, Noé Hochet-Bodin

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