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mardi, juin 28, 2022

Les Etats-Unis face au marchandage de la Turquie, alors que la Suède et la Finlande veulent rejoindre l’OTAN – Le Monde/Piotr Smolar

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« Recevant les dirigeants suédois et finlandais, Joe Biden s’est félicité de leur demande d’adhésion à l’Alliance atlantique, sans mentionner les conditions posées par Ankara » dit Piotr Smolar dans Le Monde du 20 mai 2022.

« Un pour tous, tous pour un. » Joe Biden a convoqué la maxime des mousquetaires pour se féliciter de la candidature de la Suède et de la Finlande à l’OTAN. Recevant, jeudi 19 mai, la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, et le président finlandais, Sauli Niinistö, le président américain les a assurés du « soutien plein, total et complet » de son pays. Il a formulé le vœu que cette double candidature, qu’il a encouragée de façon constante, soit validée « le plus rapidement possible » au Sénat des Etats-Unis, une fois le protocole d’accession adopté au sein de l’OTAN. Mais ce moment de réjouissance transatlantique, qui devait illustrer l’unité de l’Alliance et son pouvoir d’attraction, renforcés par la guerre en Ukraine, est gâché par la Turquie.

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Le mot « historique », utilisé à plusieurs reprises par les trois dirigeants, jeudi, n’est pas galvaudé, d’autant que personne n’aurait anticipé un tel élargissement de l’OTAN il y a quatre mois. Joe Biden a vanté chaleureusement les mérites des deux pays invités, qui ont à la fois « de fortes institutions démocratiques » et « de fortes armées », ayant déjà participé aux missions de l’Alliance au Kosovo, en Afghanistan et en Irak. En revanche, il n’a fait aucune référence à la Turquie.

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Or l’enregistrement officiel des deux candidatures auprès de l’OTAN, le 18 mai, n’a pas fait l’unanimité. Ankara a exprimé ses réserves, en l’état, et posé des conditions. Malgré cette contrariété importante, les officiels américains affichent une forme de détachement et d’optimisme à la limite du déni.

« Nous avons confiance dans le fait qu’au bout du compte, la Finlande et la Suède auront un processus d’adhésion effectif et efficace et que les préoccupations de la Turquie pourront être traitées », a expliqué, mercredi, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan. Ce dernier s’attend, dit-il, à ce que l’OTAN parle « d’une seule voix », au bout du compte. « On est ouvert à la discussion sur toutes les inquiétudes que pourrait avoir la Turquie » , a précisé, jeudi, le président finlandais, Sauli Niinistö.

Solidarité sécuritaire face à la Russie

Dès à présent, les Etats-Unis travaillent avec la Finlande et la Suède pour prévenir toute agression extérieure ou y répondre, indiquent les officiels. Une façon d’afficher une solidarité sécuritaire face à la Russie, en attendant que l’article 5 du traité de l’Alliance atlantique puisse s’appliquer, une fois l’adhésion acquise. Par ces propos symboliques plus qu’opérationnels, Washington veut montrer que le cours de l’histoire ne peut être dévié.

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De son côté, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a rencontré à New York son homologue turc Mevlut Cavusoglu. Le communiqué commun ne fait pas mention du blocage d’Ankara, se contentant d’afficher une détermination générale à travailler ensemble. A Berlin, le 15 mai, M. Blinken avait déjà refusé d’aborder de front devant la presse les réserves de la Turquie.

Depuis son entrée en fonction, Joe Biden s’est efforcé d’ignorer la question turque autant que possible, en se tenant à distance de Recep Tayyip Erdogan. Mais cette stratégie temporaire, due à d’autres priorités, ne pouvait s’inscrire dans le long terme. Elle exposait les Etats-Unis à une forme de pression ou de chantage dont le dirigeant est coutumier à l’égard des Occidentaux, ces dernières années. Les Européens l’ont durement éprouvé sur la question migratoire.

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M. Erdogan pose aussi un autre problème à l’administration Biden, celui de la cohérence de son récit. Le président démocrate a inscrit sa mandature, en politique étrangère, dans le cadre d’un affrontement entre les démocraties libérales et les régimes autoritaires, répressifs, croyant dans le fait accompli.

Or le dirigeant turc a beau affronter une opposition politique intérieure réelle, il a bien plus de traits communs avec ses homologues chinois et russe, Xi Jinping et Vladimir Poutine, qu’avec ceux de l’OTAN. D’où une forme d’ambiguïté stratégique cultivée par Ankara face à la guerre en Ukraine, livrant à Kiev des drones Bayraktar, au rôle très important, mais n’épousant pas les sanctions occidentales contre Moscou. « Depuis le début du conflit, les Etats-Unis ont cherché à présenter de façon positive l’unité transatlantique et le rôle de la Turquie, dit Nicholas Danforth, expert de ce pays, notamment au Foreign Policy Research Institute. Mais Erodgan et une majorité de Turcs pensent que les intérêts du pays ont été ignorés par l’Occident et l’OTAN. »

Exigences turques de dernière minute

Alors que tout paraissait négocié, la Turquie a posé des exigences de dernière minute, qui ont pris de court Washington. La Suède et la Finlande sont accusées de venir en aide sur leur sol à des militants kurdes affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation terroriste pour Ankara et épouvantail récurrent lorsqu’il s’agit de stimuler la fibre nationaliste. La Turquie réclame de longue date l’extradition d’une trentaine de militants. « Nous condamnons le terrorisme sous toutes ses formes », a souligné le président finlandais à la Maison Blanche, en guise d’assurance.

Le deuxième point concerne directement Washington. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, tente d’obtenir, par un marchandage, un renforcement des capacités de défense de son pays. Or il estime avoir été négligé et discriminé sur ce plan. Après son acquisition auprès de la Russie de systèmes de défense S-400, en 2019, la Turquie avait été exclue par les Etats-Unis du programme d’achat des avions de chasse F-35. L’Amérique avait exigé également que les S-400 ne soient pas déployés et prêts à l’emploi, d’un point de vue opérationnel, puis avait refusé la livraison de missiles Patriot. En retour, Erdogan a demandé la fourniture d’avions plus modernes, les F16, ce qui pose des problèmes à la fois industriels et politiques à l’administration Biden. L’approbation du Congrès n’est nullement garantie.

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« En donnant l’impression d’exercer un chantage public sur l’Alliance, Erdogan réduit la possibilité pour le Congrès d’accéder à ses demandes, car l’idée d’être bousculé ainsi provoque de fortes résistances », souligne l’analyste Nicholas Danforth.

Le Monde, 20 mai 2022, Piotr Smolar, Photo/Mandel Ngân/AFP

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