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vendredi, décembre 3, 2021

“Oray”, le portrait rare et vibrant d’un jeune Turco-Allemand en plein désarroi – Courrier international

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« Le premier film de Mehmet Akif Buyukatalay nous fait partager les tourments d’un fils d’immigrés turcs en Allemagne qui tente de vivre selon les préceptes de l’islam » dit Courrier internationale. Découvrez l’accueil critique que ce film précis et délicat a reçu en Turquie et outre-Rhin. Il sort ce 27 octobre en France.

C’est un film dramatique qui se veut aussi le portrait d’une partie de la jeunesse turco-allemande. Oray est le premier long-métrage réalisé par Mehmet Akif Buyukatalay, un jeune cinéaste issu de la troisième génération d’immigrés turcs en Allemagne – les “Almanci”, comme on les appelle en Turquie.

Le film, qui sort ce 27 octobre en France, retrace le parcours d’Oray (Zejhun Demirov), un trentenaire qui vit à Hagen, dans l’ouest de l’Allemagne. Lui aussi est un Almanci – dans une scène, malicieux, il se présente comme un “gitan macédonien d’origine ottomane”. Il s’efforce de laisser derrière lui un passé de petit délinquant et de vivre religieusement.

Plongée au cœur d’une communauté turco-allemande

Lors d’une dispute avec sa femme, Burcu (Cem Goktas), Oray répète trois fois le mot talâq, ce qui, dans la loi islamique, désigne la répudiation. Pris de remords, il va chercher conseil auprès de l’imam de sa ville, qui lui impose une séparation de trois mois. Oray tente de tirer parti de la situation : il part vivre à Cologne, avec l’espoir d’y construire une nouvelle vie pour Burcu et lui. Il s’insère là-bas dans un nouveau groupe de fidèles. Mais l’imam, qui à une vision plus rigoriste de la loi islamique, lui intime l’ordre de divorcer.

Tiraillé entre son amour et sa ferveur religieuse, Oray va-t-il perdre pied ? Le film nous fait partager ses tourments intérieurs, tout en nous menant à la rencontre de ceux dont il s’entoure avec l’espoir de rester debout, entre petits boulots et débrouille. Une communauté surtout masculine, même si quelques personnages féminins (Burcu ou la mère d’un ami) dispensent de vigoureuses touches de lumière et de bonheur.

“Étrangers dans le pays où ils vivent”

Le long-métrage de Mehmet Akif Buyukatalay, pourtant récompensé par le prix du meilleur premier film lors de l’édition 2019 de la Berlinale, n’a guère eu les honneurs de la presse outre-Rhin [voir encadré ci-dessous]. Mais en Turquie, où il est sorti en octobre 2019, il a été plutôt bien accueilli par la critique. Celle-ci y a vu un point de vue intéressant sur la vie de ceux qu’elle qualifie d’“exilés” (gurbetci) plutôt que d’“immigrés”.

“Oray reflète nettement les difficultés de nos concitoyens en exil, au sujet desquels nous n’avons souvent que de vagues idées, leurs problèmes d’adaptation, les dilemmes auxquels ils sont confrontés, tiraillés entre deux cultures”, écrit Bulent Vardar, universitaire et critique de cinéma, dans le média en ligne T24. Il poursuit : “La technique de réalisation du film, qui semble parfois tourné comme un documentaire, avec des contrastes de luminosité faibles et une omniprésence de tons gris, nous aident à entrer dans l’univers de ces Turcs d’Allemagne qui se sentent autres, étrangers dans le pays où ils vivent.”

“Comme le dit l’imam qu’Oray rencontre à Cologne, en situation d’exil la solidarité entre immigrés est indispensable, et, pour cet imam, la ‘glu’ de cette solidarité est à trouver dans l’islam”, souligne Bulent Vardar. Qui poursuit :

Hanté par ses vieux démons, Oray se retrouve dans une situation difficile. Il a voulu changer de vie en se réfugiant dans une religion dont l’application stricte le force à s’éloigner de Burcu, la femme qu’il aime.”

“Ce n’est pas un film sur l’islam”

Sujet sensible, la religion est très présente dans le film. Cela a valu à celui-ci, en Turquie, des critiques parfois contradictoires, venues de journaux de différents bords politiques. “Il n’y a pas un seul personnage allemand dans ce film. Oray ne propose aucune analyse sur la société allemande, se contentant de débattre de cette question : ‘Comment être un bon musulman en Allemagne ?’ La réponse qu’il apporte est claire : ‘À l’allemande, par un islam façonné sur les réalités allemandes et les intérêts allemands’, ce qui peut expliquer qu’un film aussi amateur sur le plan artistique ait été récompensé à Berlin”, assène, virulent, le quotidien Aydinlik, proche du parti islamo-nationaliste au pouvoir en Turquie.

Le média en ligne de gauche Ileri Haber fait, lui, le procès inverse au réalisateur : “Pris au piège de la peur du procès en islamophobie, le film ne parvient pas à s’affranchir de ce complexe et livre, in fine, un message réactionnaire qui présente les confréries religieuses les plus bigotes et le repli sur soi comme une porte de secours pour les croyants immergés dans une société laïque.” Le site livre son interprétation de l’intrigue d’Oray : “On aurait pu s’attendre à ce que, plutôt que de la normaliser, le film critique cette pratique où l’homme divorce de sa femme d’une simple phrase, or ce n’est pas du tout le cas.”

Sous le feu de ces critiques de droite et de gauche, le réalisateur, lui-même issu d’un milieu conservateur (son père lui a reproché la seule scène de baiser du film), s’en explique au quotidien Hurriyet : “Je n’ai pas voulu faire un film sur la religion ni sur les musulmans. Mon film raconte l’état d’esprit de jeunes habitants de Cologne qui vivent en communauté et sont ostracisés par la société allemande […]. Car si les immigrés sont globalement discriminés en Allemagne, c’est encore plus le cas pour les hommes musulmans barbus qui vont à la mosquée. Ces jeunes vont incorporer ce rejet, l’accepter, se renfermer sur eux-mêmes et vivre, en vase clos, des vies parallèles à la société majoritaire, autour de petites communautés religieuses. Évidemment, ce n’est pas un mode de vie facile aux XXIe siècle, en plein cœur de l’Europe.”_________________

Vu d’Allemagne

UN FILM “COMPLEXE” ET “IMPRÉVISIBLE”

Il faut fouiller dans les archives des sites de presse allemands pour retrouver mention d’Oray lors de sa sortie en Allemagne, en 2019, juste après le prix du meilleur premier film reçu à la Berlinale. Son réalisateur Mehmet Akif Büyükatalay n’a donné que de rares interviews, notamment à la Frankfurter Allgemeine Zeitung et au site de la radio Deutschland Rundfunk, et très peu de critiques ont été publiées. Dans un article consacré, lors de la Berlinale 2019, à la nouvelle vague des cinéastes allemands, Der Spiegel reconnaît que Mehmet Akif Buyukatalay, né dans la communauté musulmane de Hagen, connaît son sujet et livre un long-métrage qui a le mérite de “la complexité”. Le magazine de Hambourg ajoute une phrase qui jette un nouveau jour sur le relatif silence qui a accompagné la sortie du film : “En conséquence, Oray est de bout en bout imprévisible et passionnant, ce qui révèle peut-être aussi combien reste inexploré, dans notre cinéma, le monde turco-allemand.”

Oray de Mehmet Akif Buyukatalay, sort le 27 octobre en France, en partenariat avec Courrier international.

Courrier international, 27 octobre 2021

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