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« Quand la Turquie fournissait des armes à Al-Qaïda en Syrie »par Guillaume Perrier

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LE POINT, Le 01/06/2021

Dans sa dernière vidéo, le chef mafieux Sedat Peker accuse le pouvoir turc d’équiper militairement des groupes terroristes liés à Al-Qaïda en Syrie.

Depuis un mois, la Turquie est tenue en haleine par les vidéos du parrain de la mafia Sedat Peker. Corruption, meurtres, trafics de drogue et petits secrets d’État… Ses accusations mettent en lumière les relations incestueuses entre la coalition islamo-nationaliste d’Erdogan et le crime organisé.

Sedat Peker voulait « ouvrir la boîte de Pandore », il promettait de découper ses détracteurs en morceaux, au moins symboliquement. Au menu de ses nouvelles révélations : les livraisons d’armes de la Turquie aux djihadistes syriens. Dans sa dernière vidéo, dimanche 30 mai, le chef mafieux affirme avoir aidé le pouvoir turc à livrer clandestinement des armes et des équipements militaires à des groupes terroristes liés à Al-Qaïda en Syrie. Un secret d’État déjà largement éventé ces dernières années, mais que le président Erdogan et ses supporteurs ont toujours démenti, quitte à jeter en prison ceux qui osaient dire le contraire.

Peker, lui-même, avait menacé le journaliste Can Dündar. Ce dernier, rédacteur en chef du quotidien kémaliste Cumhuriyet, avait révélé l’existence de ces livraisons d’armes, images à l’appui, dans son journal en mai 2015. Un scandale retentissant avait suivi. Cela lui avait valu d’être poursuivi, emprisonné et même victime d’une tentative d’assassinat devant le palais de justice d’Istanbul. « Je n’oublierai jamais le message que j’ai reçu quand j’étais en prison. Il disait : Tu as trahi ta patrie, tu mérites d’être pendu. Vous savez qui l’avait écrit ? Sedat Peker », a raconté Can Dündar dimanche. Le journaliste, condamné à 27 ans par la justice turque et qui poursuit désormais sa carrière en exil en Allemagne, se montre tout de même satisfait de voir le sujet resurgir grâce au chef mafieux. « C’est la confirmation de ce que disait notre article interdit en Turquie. Le gouvernement a dit qu’il s’agissait d’un secret d’État qui ne devait pas être révélé au grand public. Aujourd’hui, on apprend que tout ce que je disais était vrai, observe-t-il, désabusé. Le gars qui a transporté ces armes avec ses camions a confirmé que l’État turc était derrière ces livraisons au groupe al-Nosra. Le système judiciaire doit reprendre toutes les affaires à zéro. Bien sûr, ces révélations auront un grand impact sur les poursuites contre nous et sur nos vies. Et je crois que c’est aussi une victoire pour le journalisme d’investigation. »

Les services de renseignements turcs impliqués

En janvier 2014, une opération de la gendarmerie turque avait ciblé un convoi de camions qui s’apprêtait à entrer en Syrie. Un autre du même type avait été intercepté deux mois plus tôt. Les véhicules, qui transportaient des armes et des munitions, étaient escortés par des membres des services de renseignements turcs (le MIT) qui se sont opposés à leur contrôle, mettant même en joue les forces de l’ordre dépêchées par un procureur. Le gouvernement avait d’abord affirmé que le convoi transportait de l’aide humanitaire, puis que les armes étaient destinées aux Turkmènes syriens de la région de Lattaquié. Mais des enquêtes journalistiques avaient montré que les véritables bénéficiaires de ces livraisons étaient des factions extrémistes en lutte contre le régime de Bachar el-Assad, associées aux djihadistes du Front al-Nosra.

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Dimanche, Sedat Peker a expliqué avoir organisé lui-même l’un de ces convois de camions d’aide militaire aux Turkmènes de Bayir-Bucak (une région montagneuse du nord-ouest de la Syrie). « Des drones, des uniformes, des talkies-walkies, des gilets pare-balles »… « Un projet dont nous avons parlé à un ami député […] Ensuite ils ont dit : On envoie des camions supplémentaires, avec votre convoi  », raconte le parrain de la pègre. « Dans les camions, on ne savait pas ce qu’il y avait. Si je dis qu’on ne savait pas, c’est qu’il y avait des armes, ne soyons pas naïfs, c’est normal. Ce n’était pas organisé par le MIT ou par l’armée, mais par Sadat », accuse Peker. Sadat est le nom d’une société militaire privée fondée en 2012 par Adnan Tanriverdi, ancien commandant des forces turques à Chypre Nord, écarté en 1996 pour ses sympathies islamistes, devenu ensuite conseiller particulier du président Erdogan, jusqu’à l’année dernière. Sadat a été active dans le processus de recrutement des mercenaires syriens, utilisés par l’armée turque en Libye puis au Karabakh.

« Je ne parle pas d’un ou deux camions, mais de gros business »

La cause turkmène a servi, selon Peker, à cacher l’appui de la Turquie aux djihadistes du Front al-Nosra. Il s’est toutefois gardé de mettre en cause l’organisation humanitaire turque IHH, au cœur de ce réseau, qui entretient des liens étroits avec les organisations djihadistes, en Syrie et ailleurs. En 2015, au cours du mariage d’un militant AKP, Peker avait été aperçu en grande conversation avec le dirigeant de l’IHH et avec Recep Tayyip Erdogan. Le criminel en cavale accuse maintenant l’entourage du président de s’être copieusement enrichi grâce aux trafics en tous genres avec la Syrie. « Pour faire du commerce avec la Syrie, de quoi avez-vous besoin ? Il y a monsieur Metin Kiratli à la direction des affaires administratives de la présidence. Allez le voir, je ne parle pas d’un ou deux camions, mais de gros business. De la contrebande de pétrole, du thé, du sucre, de l’aluminium, des voitures d’occasion… Cela représente beaucoup d’argent. Des milliards de dollars », jure Sedat Peker.

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