FRANCE INFO, le 2 février 2026
À Kapiköy, l’un des quatre postes frontière entre l’Iran et la Turquie, des centaines d’Iraniens arrivent en tentant parfois d’échapper au régime. Ils décrivent « une folie » et fondent leurs espoirs notamment sur une intervention américaine.
Au poste-frontière de Kapiköy arrivent les Iraniens qui veulent échapper au régime ou viennent quelques jours, semaines ou mois pour travailler et envoyer un peu d’argent à leurs familles. Beaucoup vont s’entasser dans des minibus ou taxis qui les emmèneront à Van, première grande ville turque située à une centaine de kilomètres. Alors que Donald Trump laisse toujours planer la menace d’une intervention en Iran, ceux qui osent s’exprimer décrivent l’horreur qui se déroule en ce moment en Iran et confient leurs espoirs de voir le régime s’effondrer.
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Dans leurs yeux se lit l’épuisement, la peur aussi. Parmi eux, un jeune homme au regard noir qui regarde autour de lui avec inquiétude. Il vient de Rasht, une ville des bords de la mer Caspienne, dans le nord-ouest du pays.
« Ils tirent dans la tête »
Il assure d’abord être venu faire du tourisme, avant finalement d’accepter de témoigner. « Je fuis l’Iran. J’ai été touché par une balle à l’épaule. Je connais un docteur et il est venu chez moi pour me soigner. Nous ne pouvions pas aller à l’hôpital. Ils arrêtent tous ceux qui y vont. Tous. J’ai vu ce qui se passait. Mais je préfère ne pas en parler. Je peux juste vous dire qu’ils assassinent les gens. » Il poursuit : « Ils tuent. Ils exécutent. Ils tirent dans la tête. Ils ont tué une fillette de 7 ans. Je l’ai vu de mes propres yeux. Ils tuent tout le monde en Iran. Et les gens qui sont en vie, leur âme est morte. Vous comprenez ce que je dis ? Ils sont morts à l’intérieur ».
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Cet homme assure avoir perdu beaucoup d’amis, notamment dans l’incendie du bazar de Rasht. « Ils ont mis le feu au bazar. Le bazar a quatre issues. Ils en ont bloqué trois et en ont laissé une pour que les gens s’enfuient. Et ils s’y sont postés et tiraient sur les gens qui voulaient échapper aux flammes. »
« C’est une telle folie »
Les médecins qui ont tenté de porter secours aux blessés sont eux aussi en première ligne, s’indigne une jeune médecin qui partage son temps entre l’Iran et la Turquie. « Ils arrêtent les médecins ! Ils les punissent parce qu’ils aident les gens. Quel pays punit les médecins parce qu’ils aident les gens ? Nous avons prêté serment de sauver les gens dans n’importe quelle situation. Mais nous ne pouvons garder nos patients à l’hôpital. On peut les garder un ou deux jours, mais s’ils restent plus longtemps, ils viennent pour les arrêter. Et ils leur tirent dessus dans l’hôpital. C’est une telle folie. »
« Nous aimons Trump. Il va nous aider. Nous l’attendons. »Un Iranien
à franceinfo
Quant à l’avenir, nul ne sait. Les Iraniens attendent sans trop savoir quoi espérer. Mais l’immense majorité, comme ce jeune venu de Téhéran, n’attend qu’une chose : la chute du régime. « Khamenei a tellement tué en Iran. 40 000 personnes en deux jours et 20 000 ont perdu un œil. Nous n’aimons pas cette dictature. Nous aimons la démocratie. Cela fait 47 ans que l’Iran est dirigé par le mensonge. Ils arrêtent les gens, les menottent, ils les pendent même chez eux. »
« Nous ne voulons pas d’un gouvernement religieux »
Ahmed vient d’Urmia, une petite ville de l’autre côté de la frontière. « Ça va changer c’est sûr. C’est ce que l’on croit tous. Parce que la majorité d’entre nous pense que les Etats-Unis, Israël et les Européens ont décidé de faire tomber ce gouvernement, la république islamique. Nous pensons que ce ne sera pas une guerre classique. Ce sera chirurgical. Mais on ne sait qui sera président ou roi. En ce moment, la plupart des Iraniens parlent de Reza Pahlavi mais si nous pouvons choisir la forme de notre gouvernement, ce sera peut-être une République. Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est que nous ne voulons pas d’un gouvernement religieux. »
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Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Chah, n’est pas l’homme providentiel pour cette jeune agronome qui souhaite qu’on l’appelle Violette. « Il vient des Etats-Unis, il ne vient pas d’Iran. Il ne sait pas ce qui se passe en Iran. Il a grandi aux Etats-Unis. Nous voulons l’un des nôtres ». Mais pour elle, les Iraniens n’y arriveront pas seuls. « Sans aide extérieure c’est impossible. Parce qu’ils ont des armes et les gens n’ont rien. Mais nous ne savons pas, nous attendons et nous espérons. Mais je n’y crois plus parce que personne ne nous aide. »
« Portez notre message », lance-t-elle, en nous quittant. Et d’ajouter : « Les gens en Iran ne peuvent rien faire. Mais vous, qui vivez ailleurs, vous pouvez être notre voix ».
