AFP, le 14 octobre 2026
La police turque a pris le contrôle du siège de la principale chaîne privée d’opposition, Halk TV, a annoncé cette dernière mercredi. Cette opération policière intervient deux semaines après le blocage de l’accès au site d’information indépendant T24 pour des raisons de « propagande LGBT+ ».
La police turque a pris le contrôle du siège de la principale chaîne privée d’opposition et interpellé onze de ses salariés mercredi 14 octobre. Il s’agit là du dernier exemple en date d’une vaste campagne du pouvoir contre les milieux médiatique, politique et associatif du pays.
La chaîne et le bureau du procureur d’Istanbul ont annoncé l’information au même moment, en tout début de journée.
« La police est dans le bâtiment de Halk TV. Un administrateur est désigné (pour prendre le contrôle de la chaîne, NDLR). La diffusion en direct a été interrompue », a affirmé la chaîne sur X.
« Des mandats d’arrêt ont été émis contre 17 personnes et 11 personnes ont été placées en garde à vue lors d’opérations simultanées » dans le cadre d’une enquête sur « la corruption, le trucage d’appels d’offres et le blanchiment d’argent », a annoncé de son côté le bureau du procureur d’Istanbul, cité par les médias turcs.
Deux semaines après le blocage de T24
La prise de contrôle de Halk TV intervient deux semaines après le blocage du site d’information indépendant T24, l’un des plus importants du pays, accusé de « propagande LGBT+« .
Les journalistes et médias d’opposition sont constamment visés par la justice turque pour une série d’infractions présumées, allant de la diffamation à l’insulte au président Recep Tayyip Erdogan, en passant par la corruption ou la diffusion de fausses nouvelles.
Un total de 17 journalistes sont actuellement détenus, selon le Syndicat des journalistes de Turquie. Le tour de vis concerne aussi les milieux politiques, avec les arrestations de nombreux élus des partis de l’opposition.
La pouvoir a par ailleurs lancé mi-septembre un vaste coup de filet dans les milieux LGBT+, en investissant les sièges d’organisations militantes et en bloquant leurs comptes de réseaux sociaux. Un grand nombre de personnes sont là aussi sous les verrous pour divers chefs d’accusations.
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Il y a quasiment un an jour pour jour, les autorités avaient pris le contrôle de la chaîne de télévision d’opposition Tele l et arrêté son rédacteur en chef.
« Nous refusons cette tyrannie »
« La nomination d’administrateurs à la tête de Halk TV après Tele 1 et l’attention exclusive portée par le pouvoir judiciaire aux émissions critiques, laissent présager que le journalisme indépendant en Turquie pourrait bien être en voie de disparition », a affirmé à l’AFP le défenseur de la liberté de la presse, Erol Önderoglu.
L’administration de la chaîne a été confiée au Fonds d’assurance des dépôts d’épargne (TMSF), un organisme public, a ajouté le bureau du procureur.
Les équipements de la télévision « ont été saisis. Notre chaîne est officiellement assiégée. Je ne peux toujours pas accéder au bâtiment où je travaille depuis cinq ans », a écrit sur X la journaliste Gamze Altunay.
Dans une vidéo partagée par Halk TV sur le même réseau social, on peut voir le rédacteur en chef, Suat Toktas, en train de parler avec l’administrateur désigné pour tenter de le convaincre de ne pas couper le direct. « Ce qui est en train de se passer est hors la loi », clame-t-il.
La police a commencé sa perquisition aux alentours de 5 h 30 (2 h 30 GMT) et empêche les employés d’entrer dans le bâtiment, a précisé la chaîne.
« Faire irruption dans une chaîne de télévision à l’aube et nommer un administrateur est une chose que seuls les dictateurs feraient. Malheureusement, c’est ce qu’ils ont fait à notre pays », a dénoncé sur X le chef du principal parti de l’opposition, Özgür Özel.
« L’arbitraire dont le pouvoir politique s’est servi ces dernières années pour régler les problèmes a une fois de plus frappé la liberté de la presse. (…) Nous refusons cette tyrannie », a affirmé de son côté le Syndicat des journalistes de Turquie.
Selon la loi turque, un administrateur ou tuteur peut être désigné par les autorités pour prendre le contrôle d’une entreprise, ainsi que des municipalités, en cas d’enquête ou mandat d’arrêt visant ses dirigeants.
Avec AFP
