La Somalie, pilier de la stratégie d’implantation turque dans la Corne de l’Afrique/COURRIER INTERNATIONAL

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Courrier International, le 28 février 2026

Forage de pétrole, déploiement de troupes de plus en plus actives, et même construction d’une base de lancement spatiale : la Turquie s’investit beaucoup en Somalie, dans le contexte de ses rivalités avec d’autres puissances régionales, notamment Israël.

“Désormais, sur le continent africain, la Turquie est un pays avec lequel il faut compter et qui joue un rôle déterminant”, résumait le quotidien progouvernemental Sabah après une visite en Éthiopie, le 17 février, du président turc, Recep Tayyip Erdogan (islamo-conservateur).

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Cette nouvelle donne géopolitique est particulièrement vraie pour la Corne de l’Afrique, où se concentre une partie importante de la stratégie d’implantation d’Ankara sur le continent. Si la Turquie est présente dans toute la région par le biais d’accords économiques et militaires, c’est principalement autour la Somalie qu’elle organise cette stratégie.

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La presse turque suit ainsi avec attention le voyage du Çagri Bey, ce navire de forage turc qui devrait arriver au large des côtes somaliennes à la fin du mois de mars.

Ce mastodonte de 228 mètres de long est capable de forer jusqu’à 12 kilomètres sous la mer pour permettre d’exploiter les réserves maritimes souterraines d’hydrocarbures. Cette première opération de forage offshore hors des eaux turques de la mer Noire ou de la Méditerranée démontre surtout “une nouvelle visibilité de la Turquie comme acteur dans les équilibres géoéconomiques de cette région stratégique, entre la mer Rouge et l’océan Indien”, estime un universitaire turc dans les colonnes de l’agence de presse gouvernementale Anadolu.

Le domaine spatial est un autre volet ambitieux du partenariat entre Mogadiscio et Ankara, avec le projet de construction d’une base de lancement turque en Somalie. Celle-ci bénéficierait de la proximité avec l’équateur, qui permet aux fusées de profiter au maximum de la vitesse de rotation terrestre, afin d’utiliser moins de carburant et d’embarquer davantage de charge utile. “Ce projet, qui est peut-être notre coopération la plus importante avec la Somalie, en plus d’accroître le prestige international de nos deux pays, ouvrira de nouvelles perspectives dans de nombreux domaines”, déclarait à ce sujet l’influent directeur de la communication présidentielle turque, Burhanettin Duran, le 25 février, lors d’une conférence sur les relations entre les deux pays, rapporte le quotidien Milliyet.

Contrer les ambitions israéliennes

Mais la région où doit être implantée cette base de lancement est toujours le théâtre d’affrontements avec le groupe djihadiste des chebabs, lié à Al-Qaida. La Turquie forme depuis près de dix ans l’armée somalienne à la lutte contre les insurgés djihadistes et mène des frappes de drones. Selon des informations rapportées par Dawan Media, les troupes turques auraient même été impliquées pour la première fois dans des combats au sol, début février.

Ankara est allée jusqu’à envoyer, en début d’année, des avions de combat F-16 et des navires de guerre sur le territoire somalien, souligne notamment le quotidien Hürriyet. Ces moyens militaires importants y sont déployés pour lutter contre les chebabs et sécuriser les forages turcs en mer, rapporte le média, mais de nombreux observateurs soulignent que ce déploiement de force intervient surtout après la reconnaissance en décembre par Israël de la région sécessionniste du Somaliland.

Israël, qui compte aussi prendre pied dans la région, est devenu le premier pays du monde à reconnaître ce territoire qui a proclamé unilatéralement son indépendance en 1991, mais dont la Somalie revendique la souveraineté.

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L’“alliance hexagonale”, voulue par le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, dans son discours du 22 février contre l’“axe des radicaux sunnites”, dans lesquels il range la Turquie, englobe notamment le Somaliland, note la BBC TürkçeDe son côté, le futur ambassadeur du Somaliland à Jérusalem s’est dit “fier d’être membre” de cette hypothétique alliance. Avec la Syrie et la Méditerranée, la Somalie pourrait donc devenir un autre point de tension entre Ankara et Tel-Aviv.

La rivalité entre l’Arabie saoudite et les EAU autour de la mer Rouge.
La rivalité entre l’Arabie saoudite et les EAU autour de la mer Rouge. SOURCES : CRITICAL THREATS, MENCH OSINT

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