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En Turquie, la montée en puissance du « ministère » du culte musulman, la Diyanet, – RFI

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RFI, 5 septembre 2021, Anne Andlauer

La Diyanet, l’institution chargée de gérer le culte musulman, jouit d’une visibilité et de moyens financiers inédits. Récemment, son dirigeant a encore gagné quelques places dans l’ordre protocolaire. 

La Diyanet est une institution tout ce qu’il y a de plus officielle. Elle a été créée en 1924 par Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur et premier président de la République de Turquie. Sur le papier, son rôle n’a pas vraiment changé : elle gère tout ce qui relève du culte musulman, en construisant et en entretenant des mosquées dans le pays comme à l’étranger, en nommant les imams – qui sont des fonctionnaires – ou encore en dispensant des cours sur le Coran.

La Diyanet remplit ses missions « en conformité avec le principe de laïcité », précise la Constitution – et l’on comprend ici que la laïcité turque n’est pas une séparation de la religion et de l’État. Notons enfin que par « culte musulman », il faut entendre « musulman sunnite ».

La Turquie compte plusieurs communautés musulmanes qui ne se réclament pas du sunnisme et rassemblent des millions de personnes, tels les alévis et les chiites. Mais la Diyanet ne reconnaît pas ces différents courants, qui doivent donc former eux-mêmes leurs religieux et financer eux-mêmes leurs lieux de culte.

Partie intégrante du régime d’Erdogan

La Diyanet n’est pas censée jouer de rôle politique en Turquie puisque, toujours selon la Constitution, elle doit « rester à l’écart de toutes les opinions politiques ». Mais dans les faits, notamment ces dernières années, on ne peut pas parler d’une institution apolitique. La Diyanet et son dirigeant sont directement liés au chef de l’État. Depuis l’entrée en vigueur d’un régime présidentiel fort en 2018, la Diyanet fait partie intégrante du dispositif mis en place par Recep Tayyip Erdogan pour promouvoir une société pieuse et nationaliste, en particulier au sein de la jeunesse. 

Devant le chef d’état-major

Exemple avec les prêches du vendredi. Lus dans les quelque 85 000 mosquées gérées par la Diyanet, ils viennent souvent appuyer les initiatives et le discours du pouvoir en fonction de la conjoncture politique, qu’il s’agisse de fustiger l’homosexualité ou de promouvoir une opération militaire à l’étranger.

Par ailleurs, le chef de la Diyanet est constamment mis en avant. En début de semaine, il inaugurait la nouvelle année judiciaire en prononçant une prière à la Cour de cassation devant un parterre de magistrats, aux côtés du chef de l’État. Le 30 août, jour de fête nationale, Recep Tayyip Erdogan le faisait encore grimper dans l’ordre protocolaire en lui accordant la 12e place, devant le chef d’état-major. Il y a dix ans, il n’était qu’à la 52e place.

Moyens financiers inédits

Le budget de la Diyanet va de record en record. Cette année, elle dispose de presque 13 milliards de livres turques pour mener ses activités, soit l’équivalent d’1,3 milliard d’euros au cours actuel. Soit plus que le budget de sept ministères et le double du budget du ministère des Affaires étrangères.

C’est surtout une augmentation énorme sur vingt ans, puisque la Diyanet de 2002 disposait d’un budget de seulement 550 millions de livres. Cette institution est donc régulièrement critiquée par l’opposition, toutes tendances politiques confondues.

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