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vendredi, décembre 3, 2021

En Turquie, un vin « éternel » pour faire renaître la culture assyrienne – L’OBS

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Midyat (Turquie) (AFP) – « Les villageois au travail dans les vignes de Yuhanna Aktas, dans le sud-est de la Turquie, savent désormais parfaitement à quel usage sont destinés les grains suaves du raisin mazrona: le succès venant, le vigneron assyrien n’a plus besoin de se cacher pour produire son vin » dit L’OBS.

Issu de la minorité chrétienne assyrienne de Midyat, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière syrienne et non loin de l’Irak, Aktas a dû se battre pour se faire accepter de ses voisins musulmans et des autorités turques, qui voient d’un mauvais œil la vente de boissons alcoolisées.

« Devenir vigneron et faire revivre la culture assyrienne qui était en train de disparaître était mon rêve d’enfant », raconte Yuhanna Aktas, 44 ans, près des cuves installées dans son village natal de Bethkustan, à 30 km de Midyat.

Dans la province de Mardin, où se situe Midyat, ne restent plus guère que 3.000 Assyriens environ, conséquence des discriminations et violences qui ont poussé la plupart d’entre eux à partir vers Istanbul ou l’Europe. De 700.000 sous l’Empire ottoman, les Assyriens ne sont plus que 15.000 dans toute la Turquie.

Le départ de cette communauté, dont certains archéologues affirment qu’elle a inventé le vin il y a 2.700 ans, a porté un coup dur à cette activité.

Aussi, lorsque Yuhanna Aktas a voulu établir son premier site de production en 2009, il a dû affronter menaces de mort, tracasseries administratives et, surtout, l’opposition des habitants de la région.

« Des ouvriers ne voulaient pas travailler pour moi, des paysans refusaient de me vendre leurs raisins en jurant que le vin est interdit par l’islam », se souvient-il.

Mais sa persévérance et finalement, le succès rencontré, qui lui permet aujourd’hui de vendre quelque 110.000 bouteilles par an dans toute la Turquie, ont changé la donne.

« Des paysans qui me disaient autrefois +Je préfère jeter mes raisins que te les vendre+ sont désormais ceux qui proposent de m’approvisionner », sourit-il.

La clé du succès: choisir des cépages locaux – comme ce mazrona récolté en vendanges tardives, dont le goût rappelle l’alsacien et très parfumé Gewurztraminer.

– Espoirs déçus de retour –

Et travailler en agriculture biologique, fermentation entièrement naturelle, sans ajout de levure ni de sulfites pour prolonger la conservation.

« Les autres vins peuvent provoquer des maux de tête à cause de sulfites: ça ne sera jamais le cas avec le nôtre », assure-t-il.

Face à la demande croissante, Yuhanna Aktas a lancé un deuxième site de production dans son village natal.


Midyat (Turquie) (AFP) – Les villageois au travail dans les vignes de Yuhanna Aktas, dans le sud-est de la Turquie, savent désormais parfaitement à quel usage sont destinés les grains suaves du raisin mazrona: le succès venant, le vigneron assyrien n’a plus besoin de se cacher pour produire son vin.

Issu de la minorité chrétienne assyrienne de Midyat, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière syrienne et non loin de l’Irak, Aktas a dû se battre pour se faire accepter de ses voisins musulmans et des autorités turques, qui voient d’un mauvais œil la vente de boissons alcoolisées.La suite après la publicitéhttps://dd036e3f2ccd75a170f561dc6d108855.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

« Devenir vigneron et faire revivre la culture assyrienne qui était en train de disparaître était mon rêve d’enfant », raconte Yuhanna Aktas, 44 ans, près des cuves installées dans son village natal de Bethkustan, à 30 km de Midyat.

Dans la province de Mardin, où se situe Midyat, ne restent plus guère que 3.000 Assyriens environ, conséquence des discriminations et violences qui ont poussé la plupart d’entre eux à partir vers Istanbul ou l’Europe. De 700.000 sous l’Empire ottoman, les Assyriens ne sont plus que 15.000 dans toute la Turquie.

Le départ de cette communauté, dont certains archéologues affirment qu’elle a inventé le vin il y a 2.700 ans, a porté un coup dur à cette activité.

Aussi, lorsque Yuhanna Aktas a voulu établir son premier site de production en 2009, il a dû affronter menaces de mort, tracasseries administratives et, surtout, l’opposition des habitants de la région.La suite après la publicitéhttps://dd036e3f2ccd75a170f561dc6d108855.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

« Des ouvriers ne voulaient pas travailler pour moi, des paysans refusaient de me vendre leurs raisins en jurant que le vin est interdit par l’islam », se souvient-il.

Mais sa persévérance et finalement, le succès rencontré, qui lui permet aujourd’hui de vendre quelque 110.000 bouteilles par an dans toute la Turquie, ont changé la donne.

« Des paysans qui me disaient autrefois +Je préfère jeter mes raisins que te les vendre+ sont désormais ceux qui proposent de m’approvisionner », sourit-il.

La clé du succès: choisir des cépages locaux – comme ce mazrona récolté en vendanges tardives, dont le goût rappelle l’alsacien et très parfumé Gewurztraminer.La suite après la publicité

– Espoirs déçus de retour –

Et travailler en agriculture biologique, fermentation entièrement naturelle, sans ajout de levure ni de sulfites pour prolonger la conservation.

« Les autres vins peuvent provoquer des maux de tête à cause de sulfites: ça ne sera jamais le cas avec le nôtre », assure-t-il.

Face à la demande croissante, Yuhanna Aktas a lancé un deuxième site de production dans son village natal.

Comme dans les autres villages assyriens de la région, la plupart des familles originaires de Bethkustan vivent désormais en Europe et aux Etats-Unis.

Au début des années 2010, les réformes de démocratisation et la promesse faite par le président Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, de restituer les biens spoliés des Assyriens avaient suscité l’espoir d’un retour au pays.

« Plusieurs Assyriens se sont préparés à cette époque à rentrer en Turquie. Ils ont rénové leurs maisons en ruines. Mais certains ont vu que leurs terrains avaient été confisqués par l’Etat ou les villageois voisins. Ces problèmes continuent encore aujourd’hui », assure Ayhan Gurkan, président de l’Association de la culture assyrienne de Midyat.

De nombreux Assyriens ont été tués en 1915, en marge du génocide des Arméniens conduit par les autorités ottomanes pendant la Première Guerre mondiale et qui avait fini par toucher l’ensemble des minorités chrétiennes.

Par la suite, les survivants et leurs descendants ont progressivement quitté la Turquie, notamment dans les années 1980-1990 à cause des affrontements entre l’armée et la rébellion kurde dans les régions du sud-est.

Le durcissement des autorités turques à l’égard des opposants et des Kurdes après le putsch manqué de 2016 a fini d’éteindre tout espoir de retour.

Plus récemment, les craintes de nouvelles persécutions ont été réveillées avec la disparition, en 2020, d’un couple assyrien à Sirnak, près de la frontière avec l’Irak et la condamnation d’un prêtre assyrien orthodoxe pour « aide à une organisation terroriste ».

– Explosion des ventes –

« Les retours aux villages sont aujourd’hui suspendus », indique Yuhanna Aktas, lui-même poursuivi pour ses activités politiques dans des organisations proches du HDP (Parti démocratique des peuples, opposition pro-kurde).

A ces pressions s’ajoutent les restrictions apportées à la vente d’alcool par les autorités.

Depuis l’arrivée au pouvoir du parti islamo-conservateur de M. Erdogan, les taxes sur les boissons alcoolisées ont bondi de 300% et la vente d’alcool est encadrée par des restrictions d’horaires.

En mai, elle a même été entièrement interdite pendant les 17 jours de confinement décrété pour endiguer la pandémie de Covid-19.

« Aujourd’hui, les boissons alcoolisées vivent leur âge d’or en Turquie. Les interdictions ont généré une contre-réaction. Les ventes ont explosé », affirme le vigneron.

Passionné par le vin, il entend s’inspirer de sa renaissance dans la région pour faire de même avec la culture assyrienne.

« Ecrasé, le raisin meurt pendant la vinification », explique-t-il. « Mais seulement pour commencer sa vie éternelle à travers le vin. »

L’OBS, 3 novembre 2021

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