18.3 C
Paris
vendredi, août 19, 2022

Guerre en Ukraine : échec de la médiation turque sur la crise du blé – Le Monde/Marie Jégo

Must read

« At summit, Erdogan, Putin still divided on SyriaRead more ». Al Monitor staff 

Ankara agreed said Al Monitor on the 5th of August 2022 that part of its natural gas payments to Moscow would be switched to...

Au sujet de « La promesse d’Hasan », film turc, sorti en France en plein mois d’août/Nora SENI

Le vent souffle sans répit dans le film de Semih Kaplanoglu, ployant branches, bruissant feuillages, malmenant les clôtures faits d'assemblages irréguliers de bois secs....

Turkey’s Mission Becomes More Difficult If Attacks on Ukrainian Ports Continue- PANORAMA/Selmin Seda Coşkun

Selmin Seda Coskun from the Thomas More Institute in Paris wrote in Panorama, Online of the 4th of August 2022, an indepth article...

L’accord céréalier, un succès diplomatique pour le président Erdogan. LE MONDE/Marie Jégo

Après la sécurisation du passage d’un premier cargo, le président turc rencontre Vladimir Poutine vendredi, à Sotchi, pour parler notamment de l’Ukraine et de...

« La venue à Ankara du chef de la diplomatie russe n’a pas permis de résoudre la question de l’acheminement de millions de tonnes de céréales bloquées dans les ports ukrainiens » rapporte Marie Jégo dans Le Monde du 9 juin 2022.

Montée en épingle par la diplomatie turque, la visite à Ankara, mercredi 8 juin, de Sergueï Lavrov, le ministre des affaires étrangères russe, n’a pas permis de faire avancer d’un pouce la question de l’acheminement de plusieurs millions de tonnes de blé bloquées dans les ports ukrainiens depuis le début de l’invasion russe, le 24 février.

Les efforts de médiation de la Turquie n’y auront rien changé, aucune trêve n’est en vue dans la « guerre du blé » entre la Russie et l’Ukraine, le Kremlin imposant des conditions jugées irréalisables selon Kiev.

Lire aussi :  Guerre en Ukraine : avis de tempête sur le grenier à blé du monde

Moscou, qui contrôle désormais une bonne partie de la côte ukrainienne tandis que ses navires et ses sous-marins règnent sur la mer Noire et la mer d’Azov, empêche les exportations agricoles de l’Ukraine, au risque de déclencher une crise alimentaire mondiale. « En ce moment, nous avons 20 à 25 tonnes bloquées. Cet automne, on pourrait atteindre 70 à 75 millions de tonnes », avait affirmé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à la veille de la rencontre russo-turque, en précisant que son pays discutait aussi avec la Pologne et les pays baltes pour exporter de petites quantités de céréales par les chemins de fer.

Des rôles partagés

A Ankara, le chef de la diplomatie russe et son homologue turc, Mevlüt Çavusoglu, ont paru plus soucieux de dicter leurs conditions et de renforcer leur contrôle sur la mer Noire que de dénouer la crise. La Russie exige des contreparties, notamment le fait que les ports ukrainiens, en particulier Odessa, soient déminés et la levée, au moins partielle, des sanctions occidentales. Une revendication « légitime » selon M. Çavusoglu, qui s’est dit préoccupé par le fait que les « céréales et les engrais » russes sont l’objet des sanctions. En réalité, les produits agricoles russes ne figurent pas sur la liste des mesures de représailles, mais leur exportation est freinée par le gel des échanges financiers et des transactions bancaires avec Moscou.

Avec la morgue qui le caractérise, M. Lavrov a rejeté la responsabilité du blocus sur Kiev. « Si, comme nos amis turcs nous le disent, la partie ukrainienne est prête à sécuriser un passage entre les mines, alors cette question peut être résolue », a-t-il déclaré. « Nous sommes prêts à assurer la sécurité des navires qui quittent les ports ukrainiens, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse conjointe avec M. Çavusoglu. Nous sommes prêts à le faire en coopération avec nos collègues turcs. »

Lire aussi : Les scénarios noirs du blé ukrainien, otage de la guerre

Se voulant dominantes en mer Noire, leur pré carré, la Turquie et la Russie s’étaient entendues, bien avant la visite de M. Lavrov, sur une feuille de route pour la mise en place d’un corridor. Les rôles étaient partagés. La marine turque s’engageait à déminer les ports ukrainiens et à escorter les vraquiers chargés de céréales jusqu’à Istanbul.

Côté turc, des gains étaient même attendus, l’Ukraine s’étant engagée à effectuer une réduction sur le prix des céréales transférées du port d’Odessa vers le Bosphore. « Si l’accord se concrétise, nous aurons une remise de 25 % sur le grain », s’est réjoui Vahit Kirisçi, le ministre de l’agriculture turc. De son côté, Moscou acceptait de rompre son blocus maritime, à ses conditions, avec le soutien actif de la Turquie qui n’applique aucune sanction et sert désormais de refuge aux capitaux russes.

« Ses mots sont vides de sens »

Seule ombre au tableau, l’Ukraine, tenue à l’écart des discussions, a rejeté le plan russo-turc. Mardi soir, alors que l’avion de M. Lavrov atterrissait à Ankara, le gouvernement de Kiev a dévoilé ses conditions à la mise en place d’un corridor, à savoir la fourniture d’armes de défense côtière, l’implication de navires de l’OTAN en mer Noire et l’octroi de garanties de sécurité.

Lire aussi : Crise alimentaire : les pistes pour atténuer le choc

M. Lavrov a beau assurer que Moscou ne profitera pas de la situation pour grignoter un nouveau morceau de la côte ukrainienne, les autorités ukrainiennes ne l’ont pas cru. Pas plus lorsqu’il a assuré que le président russe était prêt à se porter garant en cas d’accord. « C’est ce même Poutine qui a dit au chancelier allemand [Olaf] Scholz et au président français [Emmanuel] Macron qu’il n’attaquerait pas l’Ukraine, quelques jours avant de lancer une invasion à grande échelle de notre pays. Nous ne pouvons pas lui faire confiance, ses mots sont vides de sens », avait prévenu Dmytro Kuleba, le ministre des affaires étrangères ukrainien, peu auparavant.

« En forçant l’Ukraine à déminer ses ports, comme Odessa, cela donne à Moscou l’opportunité de lancer des débarquements amphibies pour prendre une plus grande partie du littoral et finir d’enclaver l’Ukraine », estimait pour sa part sur son blog l’économiste Timothy Ash, bon connaisseur de la région.

Le Monde, 9 juin 2022, Marie Jégo, Photo/Adem Altan/AFP

More articles

Latest article

« At summit, Erdogan, Putin still divided on SyriaRead more ». Al Monitor staff 

Ankara agreed said Al Monitor on the 5th of August 2022 that part of its natural gas payments to Moscow would be switched to...

Au sujet de « La promesse d’Hasan », film turc, sorti en France en plein mois d’août/Nora SENI

Le vent souffle sans répit dans le film de Semih Kaplanoglu, ployant branches, bruissant feuillages, malmenant les clôtures faits d'assemblages irréguliers de bois secs....

Turkey’s Mission Becomes More Difficult If Attacks on Ukrainian Ports Continue- PANORAMA/Selmin Seda Coşkun

Selmin Seda Coskun from the Thomas More Institute in Paris wrote in Panorama, Online of the 4th of August 2022, an indepth article...

L’accord céréalier, un succès diplomatique pour le président Erdogan. LE MONDE/Marie Jégo

Après la sécurisation du passage d’un premier cargo, le président turc rencontre Vladimir Poutine vendredi, à Sotchi, pour parler notamment de l’Ukraine et de...

« Turkey’s inflation hits almost 80% as Erdogan insists on low-rate policy ». Mustafa Sönmez/AL MONITOR

"Despite a relative slowdown in July, Turkey’s consumer inflation appears on course to overshoot the central bank’s newly revised year-end forecast of 60.4%" says...