Guerre en Iran : Ankara craint que les États-Unis n’arment les Kurdes contre Téhéran/ COURRIER INTERNATIONAL

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Courrier International, le 4 mars, 2026

La Turquie s’inquiète que Washington et Tel-Aviv soient tentés de soutenir les factions armées de la minorité kurde iranienne pour lutter contre le régime de Téhéran. De son côté, la presse américaine rapporte que la CIA réfléchirait très sérieusement à armer les Kurdes d’Iran.

Dans les colonnes des journaux turcs, l’indignation qu’a suscitée la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran cède le pas à l’inquiétude. En effet, les objectifs de l’administration Trump restent encore vagues, allant, selon les déclarations, de l’arrêt définitif des programmes balistique et nucléaire iraniens jusqu’au changement de régime. Mais faire tomber les mollahs sans engager de troupes américaines au sol suppose un coup d’État interne ou une insurrection armée généralisée.

Concernant ce second scénario, les regards se tournent vers la minorité kurde du pays, autour de 10 % de la population totale, dont les partis, illégaux en Iran, possèdent le plus souvent une branche armée. Depuis les manifestations antirégime et la répression sanglante de janvier, la plupart de ces groupes, qui ont leurs bases dans le Kurdistan irakien voisin, ont créé une plateforme de coordination politique et militaire.

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Le régime de Téhéran semble lui aussi avoir identifié cette menace et a, de son côté, multiplié les frappes ces derniers jours contre les camps des rebelles kurdes iraniens situés à l’intérieur du Kurdistan irakien. Signe de l’importance du Kurdistan d’Irak, Donald Trump s’est longuement entretenu avec ses deux dirigeants dimanche, révélait mardi 2 mars le média américain Axios. De son côté, CNN rapporte que la CIA aurait déjà commencé à armer les forces kurdes iraniennes “dans le but de fomenter un soulèvement”.

Intenses bombardements

Une situation qui inquiète la Turquie, qui compte elle aussi une forte minorité kurde. D’autant qu’un des partis de cette nouvelle plateforme de coopération, le PJAK, est la branche iranienne du PKK, la guérilla kurde de Turquie.

Les Kurdes : une population écartelée entre quatre États.
Les Kurdes : une population écartelée entre quatre États. SOURCES : ISW, INSTITUT KURDE DE PARIS.

Lundi et mardi, les bombardements israéliens et américains ont particulièrement visé les bases militaires situées le long de la frontière irakienne, dans les régions kurdes du pays, souligne le quotidien d’opposition nationaliste et laïc Cumhuriyet. Les frappes à la frontière et autour des villes kurdes iraniennes de Sanandadj et Kermanshah (neuvième ville d’Iran), en particulier, inquiètent le quotidien, qui y voit la volonté de créer un “corridor du terrorisme” que les groupes armés kurdes pourraient emprunter pour se rendre d’Irak en Iran. Des combats auraient d’ailleurs eu lieu dans la province de Kermanshah entre des combattants kurdes et des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime iranien, rapporte le média en ligne T24.

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Le quotidien Yeniçag s’inquiète, lui aussi, des déclarations d’une des dirigeantes du principal parti kurde syrien, le PYD, lui aussi très lié au PKK : “C’est l’occasion pour les Kurdes du Rojhilat [nom donné au Kurdistan d’Iran par les Kurdes] de s’unir et de réclamer leurs droits”, a-t-elle déclaré. Un “clin d’œil en direction des puissances impérialistes” américaines et israéliennes, dénonce le journal.

Vigilance turque

Signe que la situation inquiète au plus haut niveau, le ministre des Affaires étrangères turc et ancien chef des services de renseignements Hakan Fidan a évoqué le sujet lors d’une interview : “Nous suivons la situation de près, en particulier cette alliance de groupes kurdes qui se situaient jadis sur des lignes opposées, nous analysons ces récents développements”, a-t-il déclaré mardi 3 mars, rapporte le quotidien Hürriyet. Ankara, principalement par crainte d’un soulèvement des Kurdes iraniens et de ses répercussions en Turquie, avait tenté de jouer sur les excellentes relations entre Donald Trump et le président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan pour éviter le conflit.

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Une tentative qui semblait d’abord payante mais qui s’est révélée insuffisante. “La guerre aurait dû avoir lieu plus tôt, nos efforts l’ont retardée”, a ainsi déclaré Hakan Fidan. Une preuve de plus, selon le quotidien turc Takvim : Benyamin Nétanyahou, qui est parvenu à entraîner Trump dans son plan, espère faire s’effondrer le régime iranien et laisser le terrorisme prospérer dans le vide du pouvoir”, s’alarme le journal.

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