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jeudi, juin 30, 2022

« Sur les traces des minorités à Istanbul : le Bosphore et Üsküdar » – Marie Mangez/Le Petit Journal

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Toutes les deux semaines, le jeudi, Le Petit Journal part à la découverte des trois minorités officiellement reconnues en Turquie : les Juifs, les Arméniens et les Grecs (Rum). 

« Bien que ceux-ci représentent aujourd’hui moins de 1% de la population, ils occupent une place essentielle dans l’histoire de la Turquie et d’Istanbul, et ont laissé leurs traces dans le paysage de l’ancienne Constantinople. Une Istanbul cosmopolite qu’ils continuent d’habiter et de faire vivre. Découverte en huit étapes : aujourd’hui, Üsküdar et les villages du Bosphore » dit Marie Mangez dans Le Petit Journal.

« C’est ici, sur la page bleue du Bosphore, que s’écrit le plus intime des journaux de la Turquie. » Delphine Minoui, correspondante du Figaro à Istanbul, ne saurait mieux dire. Et c’est sur ses rives, dans ces quartiers-villages blottis au bord de l’emblématique détroit, que s’écrit aussi une part essentielle de l’histoire d’Istanbul.

Comptant aujourd’hui parmi les quartiers les plus huppés de la ville, les anciens villages de pêcheurs du Bosphore européen ont longtemps accueilli – et accueillent toujours dans une certaine mesure – une population cosmopolite. Il semblait donc d’autant plus nécessaire d’y consacrer l’une de nos balades…    

Notre tour débute à Ortaköy. Si le quartier est surtout reconnu pour sa célèbre et splendide mosquée blanche s’avançant au bord du Bosphore, les non-musulmans, pour autant, n’y sont pas en reste. Au détour d’une petite rue remplie de boutiques de souvenirs, surplombant l’un des innombrables stands de kumpir, on aperçoit ainsi la silhouette d’une église rum, Ayios Fokas.

Un peu plus loin, un porche orné d’inscriptions en hébreu attire l’attention. Il s’agit, comme on peut s’en douter (et comme nous l’indique également la guérite de sécurité), de la synagogue d’Ortaköy, largement fréquentée par les Juifs d’Istanbul, et régulièrement choisie pour y célébrer mariages ou bar-mitzvah.

Mais ce n’est pas tout. Si l’on quitte le petit centre touristique, sa foule et ses fameux kumpir pour arpenter les rues plus résidentielles du quartier, on tombe rapidement sur la troisième minorité qui nous intéresse. Ortaköy compte en effet, côte à côte, une église et un établissement scolaire arméniens : l’église Meryem Ana et l’école Tarkmanças, présente en ces lieux depuis 1785.

Et si l’on monte encore un peu plus haut, place à un cimetière juif. Les promeneurs aux jambes solides pourront en outre observer, à Ulus, sur les hauteurs d’Ortaköy, un bâtiment moderne cerclé de hauts murs et flanqué d’un drapeau turc. Il s’agit de l’école juive, la seule d’Istanbul (à l’exception d’une petite école maternelle à Suadiye), établie dans le quartier d’Ulus depuis 1994 après avoir quitté ses locaux historiques de Beyoğlu. Pénétrer dans l’enceinte de l’établissement, plus surveillé que le palais présidentiel, relève de l’exploit. Pour des raisons de sécurité, les services de transport scolaire ne peuvent d’ailleurs déposer les élèves que dans un parking intérieur, et non devant l’entrée de l’école. Entre ces murs sécurisés sont dispensées, conformément au statut des écoles minoritaires, quelques heures d’enseignement en hébreux – et non en judéo-espagnol (ladino), qui est pourtant la langue des Juifs de Turquie, mais n’est pas reconnue comme telle par les autorités turques. En addition au ladino, la communauté juive d’Istanbul fut par ailleurs, pendant longtemps, largement francophone – une pratique du français encouragée entre autres, à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, par le réseau des écoles de l’Alliance israélite universelle. Durant les premières décennies de l’école juive, le français s’imposait ainsi comme la principale langue d’enseignement. Si cette francophonie persiste en partie, notamment chez les plus âgés, aujourd’hui l’anglais a toutefois remplacé le français dans les programmes de l’école d’Ulus.     

Mais il est temps à présent de quitter ce promontoire pour redescendre sur les bords du détroit. Ortaköy n’est en effet pas le seul village du Bosphore à abriter un tel pluralisme religieux, loin s’en faut. Du premier pont jusqu’à Sarıyer, chacun de ces quartiers qui s’égrènent en chapelet jusqu’à la mer noire comprend a minimaune église – et même plusieurs, dans la majorité des cas. Eglises arméniennes catholiques et apostoliques, mais surtout églises rum orthodoxes. Pour n’en citer que quelques-unes, mentionnons par exemple la vaste Aya Strati Taksihari à Arnavutköy, ou bien les plus discrètes Ayios Dimitrios, à Kuruçeşme, et Aya Parasevi, à Tarabya.  

C’est dans ce dernier quartier, d’ailleurs, qu’on trouve aussi les vestiges d’une petite école primaire rum, aujourd’hui fermée – mais témoin de l’ancienne présence rum dans ce village qui tire son nom du grec Therapia

En face, la rive asiatique du Bosphore, quant à elle, fut historiquement davantage turque et musulmane. A quelques exceptions près…

Lorsque l’on évoque Üsküdar, force est de constater qu’on pense surtout, bien sûr, à ses splendides mosquées ottomanes – et non à des églises ou à des synagogues.

L’arrondissement se révèle pourtant bien plus divers qu’il n’y paraît au premier abord… Contre toute attente, c’est en effet ici que l’on trouve deux des principaux fiefs minoritaires du côté asiatique.

Ainsi le quartier conservateur de Selamsız accueille-t-il, encore aujourd’hui, une importante communauté arménienne. En témoigne la présence de plusieurs églises, dont Surp Garabed, et de deux établissements scolaires actifs : l’école primaire Kalfayan, et le lycée Surp Haç.

Enfin, en contrebas se niche Kuzguncuk, dernière et non moins charmante étape de notre périple… Ce petit village aux vieilles maisons en bois bien conservées, en voie de gentrification avancée, s’avère, outre la présence d’une église rum, être surtout un ancien quartier juif. Et si les Juifs d’Istanbul se sont aujourd’hui déplacés vers Kadiköy et les rives de Marmara, certains d’entre eux continuent, parfois, de se rendre sur les bords du Bosphore pour visiter la synagogue de Kuzguncuk.

Mais Üsküdar recèle encore d’autres surprises. Car un autre groupe, plus mystérieux, y aurait lui aussi ses habitudes : les Dönme, ou sabbatéens, anciens juifs convertis à l’islam à partir du XVIIème siècle, sur les pas de Sabbataï Tsevi, messie autoproclamé. Tenants d’une mystique singulière, les énigmatiques Dönme, qui graviteraient autour de la mosquée Fevsiye Hatun et du cimetière Bülbülderesi, alimentent nombre de fantasmes. Sur le plan religieux comme pour le reste, Istanbul et ses habitants, décidément, n’ont pas encore révélé tous leurs secrets !…    

Le Petit Journal, 13 avril 2022, Marie Mangez

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