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En Turquie, la «question kurde» à nouveau dans le débat public -RFI

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« Pour le président Recep Tayyip Erdogan, qui a échoué à la résoudre malgré 19 années de pouvoir, cette question a tout du piège… C’est même carrément un tabou depuis que son parti est allié à la droite ultranationaliste. » explique Anne Andlauer sur RFI.

C’est Kemal Kiliçdaroglu, dirigeant du principal parti d’opposition – le CHP, qui se revendique social-démocrate – qui a relancé le débat. Il y a dans ce pays « une question kurde que l’autorité politique n’arrive pas à résoudre depuis 35-40 ans », a déclaré Kemal Kiliçdaroglu, avant de soulever LE point qui cristallise tous les débats : « Avec qui discuter et résoudre cette question kurde ? »

Diviser l’opposition, la stratégie d’Erdogan

Kemal Kiliçdaroglu a reproché au pouvoir d’avoir tenté de négocier directement entre 2012 et 2015 avec le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan – donc avec un groupe armé classé terroriste – alors que, selon lui, seul le Parlement devrait accueillir de tels débats. Et, au sein du Parlement, Kemal Kiliçdaroglu a désigné le parti prokurde, le HDP, comme un interlocuteur légitime. Or, la stratégie de Recep Tayyip Erdogan pour les élections de 2023 consiste à diviser l’opposition en présentant le HDP comme un parti lié au terrorisme.

Il est d’ailleurs actuellement menacé de fermeture par la Cour constitutionnelle. Ce genre de déclaration peut mettre en difficulté Recep Tayyip Erdogan pour au moins trois raisons. D’abord, elle montre que sa stratégie pour diviser l’opposition ne fonctionne pas vraiment. Le Bon parti, une formation d’opposition ultranationaliste peu susceptible d’être accusée de sympathies prokurdes, a réagi en soulignant lui aussi la légitimité du HDP au sein du Parlement.

Ensuite, elle met le chef de l’État en difficulté vis-à-vis de son principal allié depuis 2015-2016, le parti ultranationaliste MHP, pour lequel il est hors de question de relancer le débat. Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs fini par répondre qu’il n’y avait « pas de question kurde » en Turquie. Enfin, en tenant de tels propos, Recep Tayyip Erdogan se discrédite encore un peu plus au sein d’une large partie de l’électorat kurde, qui jouera pourtant un rôle clé aux prochaines élections.

Quelle place pour les Kurdes en Turquie ?

Ce débat donne-t-il déjà le ton de la campagne qui précédera les élections, censées se tenir en juin 2023. La Cour constitutionnelle pourrait se prononcer début 2022 – peut-être même avant – sur l’interdiction du HDP. En affirmant qu’il n’y a « pas de question kurde », qu’elle a déjà été résolue, Recep Tayyip Erdogan assimile et réduit la question kurde à la lutte contre le PKK lequel est effectivement acculé en Turquie ces dernières années.

Mais ce que le HDP représente, ce que le principal parti d’opposition (CHP) suggère et ce que beaucoup d’électeurs entendent par « question kurde », c’est un débat beaucoup plus large sur la place, les droits et les libertés des citoyens kurdes en Turquie, qui représenteraient plus ou moins 15 % de la population. Et c’est ce débat-là que Recep Tayyip Erdogan ne veut plus, ne peut plus tenir.

RFI, 28 septembre 2021, Anne Andlauer, image: Yasin Akgül, AFP

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