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La mosquée de la place Taksim d’Istanbul inaugurée par Erdogan – RFI

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RFI, 28 Mai, 2021, Anne Andlauer

La mosquée de la place Taksim est un projet ancien, plus ancien que l’arrivée de Tayyip Erdogan au pouvoir, il y a dix-huit ans. Mais pour l’actuel président turc, il sert à la fois des ambitions religieuses, politiques et historiques.

On trouve la trace d’un tel projet dès la fin des années 1960. Mais jusqu’en 2015, les promoteurs successifs de cette nouvelle mosquée de Taksim – c’est-à-dire le gouvernement, la mairie d’Istanbul et la mairie de l’arrondissement de Beyoglu où est située la place – s’étaient heurtés à l’opposition de divers tribunaux. Recep Tayyip Erdogan, d’abord comme Premier ministre puis comme président, a toujours dit qu’il irait au bout de cette idée. Et la justice a fini par lui ouvrir la voie.

Il dote aujourd’hui Istanbul d’une troisième mosquée-symbole en l’espace de deux ans. En mai 2019, il inaugurait la mosquée de Çamlica, l’une des plus grandes du monde. En juillet 2020, il réislamisait Sainte-Sophie, l’ancienne basilique byzantine convertie en mosquée après la conquête ottomane de 1453, mais dont la République avait fait un musée.

À Taksim, il s’empare d’un autre symbole et prend en partie sa revanche sur les grandes manifestations du parc Gezi, qui avaient commencé – étrange hasard du calendrier – un 28 mai 2013. Il y a en effet précisément huit ans, des centaines de milliers de Turcs étaient descendus dans la rue pour empêcher le gouvernement de déraciner un parc situé à Taksim et d’y ériger à la place une réplique d’anciennes casernes ottomanes, donnant naissance à ce qu’on a appelé le « mouvement de Gezi ».

La contre-révolution ottomane de 1909 en arrière-plan

On l’a peu souligné à l’époque, mais l’enjeu n’était pas seulement d’installer un centre commercial et d’autres projets lucratifs sur la place Taksim. Il s’agissait aussi d’effacer le souvenir d’une blessure historique. Car à la fin de l’Empire ottoman, une importante caserne s’élevait sur la place Taksim, avec une mosquée en son sein.

Au printemps 1909, soit neuf mois après la révolution des Jeunes turcs qui avait forcé le sultan à rétablir la Constitution, cette caserne devient le symbole d’une contre-révolution menée par des soldats réclamant la charia.

La réaction est écrasée, la caserne en partie démolie et la mosquée complètement détruite. Or, si le mouvement de Gezi n’avait pas forcé Tayyip Erdogan à abandonner son projet, il avait également prévu de bâtir une mosquée au milieu de cette caserne, comme pour ressusciter la mosquée détruite en 1909. Dans la mémoire des Turcs, les plus religieux et les plus conservateurs, cet épisode historique est en effet resté le symbole d’une défaite.

Taksim, une place forte

Recep Tayyip Erdogan n’a pas eu sa « caserne » et se réapproprie donc cette place Taksim, qui a toujours été un lieu de confluence et de concurrence des idéologies – islamisme, conservatisme, républicanisme ou socialisme. Le projet de mosquée s’inscrit dans la droite ligne du projet abandonné de caserne, ou encore de la destruction du centre culturel Atatürk situé juste en face de la nouvelle mosquée.

À la place de ce centre, le pouvoir est en train de construire ce qu’il décrit comme un « opéra ». En érigeant cette mosquée, le pouvoir impose aussi, bien sûr, son hégémonie culturelle et religieuse sur la place. Car jusqu’ici, c’était l’église grecque-orthodoxe de la Sainte-Trinité, ouverte en 1880, qui était le symbole religieux de Taksim. Elle est désormais concurrencée par un imposant symbole de l’islam

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