Bande dessinée : « Journal inquiet d’Istanbul » & « Nager à contre-courant », deux histoires turques – FRANCE INTER

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Ersin Karabulut et Özge Samanci, deux quadragénaires nés en Turquie racontent leur pays dans deux BD différentes. Etre caricaturiste dans le Turquie d’Erdogan, être fille et femme dans un pays qui se cherche. Entre dérision, vérité et ironie. Par France Inter du 10 mai 2023.

Journal inquiet d’Istanbul – Ersin Karabulut

Il se présente dans les premières planches. Ersin Karabulut 42 ans, une soeur, parents instituteurs et déjà une passion : le dessin. « Mon père réalisait de petites peintures pour boucler ses fins de mois. Je m’étais mis dans la tête que c’était pareil chez tout le monde et que tout le monde dessinait à la maison. Depuis que j’ai su que les bandes dessinées étaient faites par de vrais gens et que c’était même leur métier ! C’est cela que j’ai voulu faire. »

Journal inquiet d'Istanbul Planche Ed. Dargaud
Journal inquiet d’Istanbul Planche Ed. Dargaud – Ersin Karabulute

Inquiet tout est dans le titre et pourtant avec des yeux tout ronds parfois exorbités, avec des sourires béats et des dents proéminentes façon caricatures, Ersin Karabulut vous glisse en dessins qu’il s’amusera de son histoire même si dans sa Turquie, elle peut être parfois grave. « Nos voisins sont très dévots » lui disait son père lorsqu’il lui ramenait de l’épicerie, dans un sac noir des bouteilles de bière. « Or l’islam prohibe l’alcool. Il faut être prudent si nous voulons pas avoir d’ennuis. »

Journal inquiet d'Istanbul Planche Ed. Dargaud
Journal inquiet d’Istanbul Planche Ed. Dargaud – Ersin Karabulut

À lire aussi : « Journal inquiet d’Istanbul » d’Ersin Karabulut : naissance d’un artiste dans une Turquie en pleine tourmente

Tout est dit de cette Turquie ambivalente où enfant, devant la télé, on se mettait au garde à vous pour chanter l’hymne national, où tous les jours à l’école, on prêtait serment devant le buste d’Atatürk le père de la nation, où dans la cour, des gamins lui rappellent les règles. « On entendu que tu aurais dit que les Kurdes ne sont pas correctement traités par les autorités. » Ersin travaille dur à l’école, ses parents se sacrifient pour qu’il aille dans les meilleurs établissements. Mais lui, c’est le dessin qui l’attire définitivement. Ses parents cèdent, sous conditions : « Si tu veux étudier les arts graphiques c’est ok. Mais tu t’en tiens aux arts graphiques. Tu prends tes distances avec la politique. » On y revient toujours. La Turquie avant Erdogan n’était pas totalement libre, celle d’Erdogan le sera encore moins.

Journal inquiet d'Istanbul Planche Ed. Dargaud
Journal inquiet d’Istanbul Planche Ed. Dargaud – Ersin Karabulut

Ersin Karabulut grandit dans ce contexte là, entre les craintes de son père, les siennes et les menaces des intégristes. Il dit les choses simplement. Il ne porte par la cape de héros en étendard. Il a peur et le dessine. C’est courageux. Journal inquiet d’Istanbul, volume 1 chez Dargaud.

Nager à contre-courant – Özge Samanci

Nager à contre-courant Couv. Ed du Faubourg
Nager à contre-courant Couv. Ed du Faubourg – Özge Samanci

Nager à contre-courant, là encore tout est dans le titre. Comment trouver sa place dans cette Turquie où les parents rêvent d’études pour que leurs enfants sortent de leur condition à eux, les fonctionnaires mal payés ? Comment trouver sa place qui plus est, quand on est une fille ? « Vous devez bien travailler à l’école » leur disait son père. « Sinon plus tard, vous serez dépendantes de vos maris qui vous donneront des ordres. Vous perdrez votre liberté. »

Nager à contre-courant Planche Ed du Faubourg
Nager à contre-courant Planche Ed du Faubourg – Özge Samanci

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Le discours est grave mais Özge Samanci se dessine avec une bouille friponne, des cheveux roux, tout en traits fins. Ici aussi, on sourit, malgré l’hymne chanté tous les matins et Atatürk en portrait jusque dans le salon. « J’aurais dû mettre une jupe pour passer devant Atatürk. Désolée. Désolée. » dit la jeune Özge en passant devant. Etrange Turquie où dans les années 80, on interdit les importations de produits étrangers mais où on regarde Dallas à la télé. Au lycée, les discussions même entre filles sont parfois impossibles. Quoi dire à une camarade qui assume le voile quand on a été élevée dans la laïcité.

Nager à contre-courant Planche Ed du Faubourg
Nager à contre-courant Planche Ed du Faubourg – Özge Samanci

Entre dessins et compositions de papier, Özge Samanci dit que dans cette Turquie, il a fallu composer avec l’incompréhensible et l’injuste. Mais il n’y a pas de rancoeur ni de haine. Au fil des années, au gré des rencontres, la jeune femme s’émancipe. Les carcans sautent un à un, jusqu’à découvrir que c’est par le dessin qu’elle gagnera sa liberté, en tant qu’être humain.

Nager à contre-courant aux Editions du Faubourg.

Par France Inter du 10 mai 2023.

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