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dimanche, décembre 4, 2022

Fazil Say, le musicien turc a envoûté son public au Festival d’Auvers-sur-Oise

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« Fazil Say, la harangue au piano » titrait Marie-Aude Roux son article dithyrambique dans le Monde du 3-4 juillet 2022

Les concerts de Fazil Say ont toujours quelque chose du combat de l’ange et du démon. Au Festival d’Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise), où il se produit régulièrement, c’est un homme en noir sanglé dans une veste fermée jusqu’au menton qui a rejoint, mercredi 29 juin, le grand Yamaha de concert. Le pianiste turc, dont l’apparente décontraction et le léger voûtement d’épaules cachent une incroyable capacité d’adrénaline, draine depuis ses débuts des salles ferventes, telles la nef de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption d’Auvers, immortalisée par Vincent Van Gogh.

Fazil Say n’est pas de ces pianistes qui savourent leurs effets de manche. Il plonge dans la musique comme d’une falaise. Le « Prélude » de la Suite en ré mineur HWV 437, de Haendel, est chanté à pleine voix, phrasé d’une ligne sûre et pleine. L’« Allemande » se charge d’une émotion singulière lorsque le musicien, bouche entrouverte sur un fredon mystérieux, yeux levés au ciel ou buste penché par-dessus bord, semble scruter dans la mer du public quelque continent connu de lui seul. La puissance d’incantation de la « Courante », puis « Sarabande » et « Gigue » complètent ce voyage haendélien au bout de la musique.

Fazil Say cultive une pâte dense et chaude, qui explose dans les impacts telluriques, bouillonne au chaudron de la polyphonie

La « Sonate au clair de lune », de Beethoven (Sonate n°14 en do dièse mineur op.27 n°2), prise dans un tempo assez rapide, ne dévie pas du lourd chemin de halage en arpèges que lui assigne le pianiste, malgré les tentatives libertaires du rythme pointé. Musculeux et terrien, le deuxième mouvement, qui convoque moins l’esprit que le corps de la danse, avant la déferlante du « Presto agitato » ponctué de déflagrations percussives, le piano poussé aux limites.

Fazil Say cultive une pâte dense et chaude, qui explose dans les impacts telluriques, bouillonne au chaudron de la polyphonie. La première partie du récital s’achève avec une de ses pièces récentes, Yeni Hayat Sonati (« sonate de la nouvelle vie »), un opus 99 écrit en 2021. Soit de brefs glissandos de cymbalum déclenchés à même les cordes du piano, chutes mélodiques aux sonorités mates proches de l’oud (piano préparé), enfin vastes échappées jazzy, où le pianiste, tel un improvisateur fou, prend les allures d’un Quasimodo sonneur de cloches dont la transe contagieuse déclencherait l’enthousiasme.

Gestuelle théâtrale

La Sonate en si bémol majeur D 960 fait partie des ultimes chefs-d’œuvre de Schubert. Là encore, le musicien empoigne la partition à bras-le-corps, s’empare du thème léger, si délicieusement chantourné par d’autres, comme s’il ne fallait laisser aucune zone d’ombre sur la nostalgie native de l’Autrichien. Un trille menaçant dans le grave prend peu à peu l’ascendant tandis que le pianiste, levant une main droite prédicatrice vers le ciel, souligne cette béance tragique que creuse la main gauche dans le noir du clavier.

La soirée s’est terminée avec « Starry Night », une création composée, à l’instigation du Festival d’Auvers-sur-Oise, par le Français Régis Campo à l’intention du pianiste

Au fur et à mesure, la gestuelle se fait plus théâtrale, mimant dans le sublime mouvement lent (« Andante sostenuto ») les notes aiguës qui souligne de points lumineux chaque incise mélodique, main et regard suspendus, pourvoyant le « Scherzo » d’un legato gourmand, tandis que le trio se pare de chatoiements arachnéens. Chaque récital de Fazil Say est un rituel immuable, sa musique une harangue sauvage, qui transforme l’auditeur en fidèle suspendu aux lèvres du piano. Le rondo final avec son thème dansant joue sur le silence, la rupture, la suspension, donnant au discours des allures de thriller que le pianiste achève dans une explosive péroraison, déclenchant, dès la dernière note envolée, une clameur générale.

La soirée s’est terminée avec Starry Night, une création composée, à l’instigation du Festival d’Auvers-sur-Oise, par le Français Régis Campo à l’intention du pianiste. Une courte pièce inspirée de Bach et du Van Gogh de la Nuit étoilée, chaque note figurant une étoile, chaque étoile une personne disparue et aimée. Le musicien y déploie des myriades de sonorités aériennes, plus subtiles les unes que les autres. Trois bis – la Première gnossienne, de Satie, l’« Aria » des Variations Goldberg, de Bach, et le Black Earth (Kara Toprak), de Fazil Say – finissent de transcender le temps, le style et l’espace.

Marie-Aude Roux (Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise), envoyée spéciale)

Festival d’Auvers-sur-Oise. Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption, à Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise). Jusqu’au 25 septembre.

Prochain concert : Fazil Say au Festival de Menton (Alpes-Maritimes). Avec Patricia Kopatchinskaja (violon). Le 9 août.

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