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mardi, juin 28, 2022

La Turquie, arbitre du conflit en mer Noire. Marie Jégo/LE MONDE

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Marie Jégo affirme dans le Monde du 19 avril que « La fermeture du Bosphore, décidée par Ankara, empêche la Russie d’envoyer des renforts navals dans la zone« 

Près de deux mois après le début de la guerre en Ukraine, les relations entre la Turquie et ce pays n’ont jamais paru aussi robustes, au risque de nuire à la politique d’équilibre entre les belligérants prônée par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Fort de ses relations privilégiées avec Moscou et Kiev, Ankara s’est positionné comme le principal médiateur du conflit, accueillant notamment deux sessions de négociations entre les deux camps. Mais plus la guerre dure, plus ce grand écart risque d’être difficile à tenir, les relations d’Ankara se réchauffant avec Kiev tandis qu’elles se distendent avec Moscou.

Lire aussi l’analyse :Entre OTAN, Russie et Ukraine, Erdogan se positionne en faiseur de paix

Le drone turc Bayraktar, livré avant et après le déclenchement des hostilités, est loué en chansons par l’armée ukrainienne, qui en a largement fait usage contre les colonnes de chars de l’armée russe. Recep Tayyip Erdogan et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, se parlent fréquemment au téléphone. Les diplomates turcs et ukrainiens ont appris à mieux se connaître lors des pourparlers organisés avec les émissaires du Kremlin, le 10 mars à Antalya et le 29 mars à Istanbul. Le gouvernement de Kiev ne tarit pas d’éloges envers l’allié turc, décrit comme son meilleur soutien.

« Nous apprécions l’appui, humanitaire, diplomatique, moral, militaire, offert par la Turquie, quand bien même elle n’applique pas les sanctions. Pour soutenir l’Ukraine, elle a fait plus que n’importe quel autre pays de l’OTAN », explique au Monde un diplomate ukrainien en poste à Ankara, soucieux d’anonymat. « Surtout, nous lui sommes extrêmement reconnaissants d’avoir fermé ses détroits à tous les navires de guerre », souligne-t-il. La décision n’était pas facile à prendre, la partie turque n’était pas pour initialement. « Nous sommes parvenus à les convaincre, ils nous ont entendus alors que ça n’était pas gagné. »

Gardienne des détroits

Pour ce diplomate, c’est une évidence. « Grâce à Ankara, nous avons pu sauver Odessa », le grand port ukrainien du sud du pays jusqu’ici relativement épargné par les missiles et les bombes russes. Si la Turquie n’avait pas joué son rôle de gardienne des détroits, fermant les Dardanelles et le Bosphore à tous les navires de guerre au quatrième jour de la guerre, le 28 février, la Russie aurait pu envoyer un renfort naval supplémentaire dans la zone.

Un assaut amphibie d’ampleur sur la ville du littoral de la mer Noire aurait alors été envisageable, la condamnant au sort funeste de Marioupol, de Tchernihiv ou de Kharkiv, les villes d’Ukraine réduites en cendres par les missiles et les bombes russes. « Des bâtiments militaires russes venus d’Extrême orient et de la flotte de la mer du Nord sont depuis plusieurs semaines en Méditerranée, s’ils avaient pu franchir les détroits, la situation aurait été toute autre », poursuit le diplomate.

Lire aussi : Guerre en Ukraine : Tchernihiv, la ville qui a résisté aux Russes

Le constat sonne encore plus juste depuis le naufrage, au large d’Odessa, jeudi 14 avril, du croiseur Moskva. Le navire amiral de la flotte russe en mer Noire a sombré à la suite d’une explosion à bord, résultat d’une attaque par deux missiles affirme Kiev, alors que Moscou évoque un incendie accidentel, qui aurait mis le feu à un stock de munitions.

La tentative de remorquage du navire vers Sébastopol, son port d’attache en Crimée, n’a pas pu aboutir. « Le navire a perdu sa stabilité en raison de dommages à la coque reçus lors de l’incendie et de l’explosion des munitions. La mer était houleuse, le navire a coulé », a rapporté l’agence Tass jeudi.

En l’état actuel des choses, la Russie ne pourra pas remplacer le Moskva. Les deux autres croiseurs dont elle dispose, à savoir le Maréchal Oustinov, rattaché à la flotte de la mer du Nord, et le Varyag, de la flotte du Pacifique, sont bloqués depuis des semaines en Méditerranée. Il leur est impossible de franchir les détroits vers la mer Noire en raison de l’interdiction turque, annoncée le 28 février.

Lire aussi : « Moskva » : pourquoi la perte de ce croiseur est un coup dur, militairement et symboliquement, pour la Russie

Ce jour-là, quatre bâtiments russes, dont ces deux croiseurs, attendaient le feu vert des autorités turques pour emprunter les détroits et rejoindre le Moskva en mer Noire. Le passage leur ayant été refusé, ils sont restés en Méditerranée.

La perte du Moskva va quelque peu réduire la puissance de feu de la Russie en mer Noire. Equipé d’un système de défense aérienne S-300 F à longue portée, armé aussi de missiles de croisière, le croiseur était capable de protéger le reste de la flotte, soit une trentaine de bâtiments plus petits, le navire amiral était supposé assurer le commandement des opérations. Son naufrage éloigne encore un peu plus la perspective d’une attaque d’Odessa par la mer.

« Rapports très francs »

Non seulement la Turquie paraît avoir de facto sauvé cette ville, mais elle a aussi interdit les vols militaires russes dans son espace aérien, ainsi que certains vols charters Damas-Moscou, susceptibles de transporter des mercenaires syriens, appelés à la rescousse par Vladimir Poutine le 11 mars pour aller combattre en Ukraine.

En revanche, plusieurs navires commerciaux russes, détenus par la société Oboronlogistika (logistique de défense), n’arrêtent pas de faire des allées et venues entre la mer Noire et la Méditerranée. Des mouvements inquiétants pour Kiev, qui soupçonne ces bateaux de convoyer des armes et des munitions depuis le port syrien de Tartous, où la Russie dispose d’une base navale. Dimanche 17 avril à l’aube, l’un de ces navires, le Sparta II a une fois de plus traversé le Bosphore en direction de la mer Noire. Il a mis le cap sur le port russe de Novorossiisk. Inquiets, les Ukrainiens ont demandé à la partie turque de « surveiller ce que ces bateaux peuvent bien transporter entre la Syrie et la Russie ». D’autant que la guerre est entrée dans une phase cruciale et que pour les Russes, « seul le champ de bataille compte en ce moment », souligne le diplomate, convaincu que le Kremlin « a besoin d’une grosse défaite pour retrouver l’envie de retourner à la table des négociations ».

Lire aussi : « Pour le camp occidental, le rôle que jouera la Turquie dans le dénouement de la crise ukrainienne est crucial »

Celles qui se sont déroulées à Istanbul le 29 mars n’ont rien donné, ayant été assombries par les massacres perpétrés par l’armée russe, notamment à Boutcha. La prise de contact n’a pourtant pas été vaine. Les discussions ont permis « une meilleure compréhension », les négociateurs russes étaient « plus réalistes ».

Surtout, estime le diplomate, l’atmosphère était très différente à Istanbul de ce qu’elle avait pu être lors des rencontres précédentes organisées en Biélorussie, un pays qui collabore activement aux plans militaires russes de dépeçage de l’Ukraine. « A Istanbul, tout était infiniment plus détendu. Les membres de notre délégation disaient se sentir sur une autre planète, rien à voir avec la Biélorussie, où ils se sentaient épiés. »

Le diplomate sait que seuls les pourparlers sont susceptibles de mettre fin au conflit armé. « Les sanctions ont leur utilité mais elles ne peuvent pas arrêter la guerre. » Ankara ne les applique pas. « Bien sûr on préférerait que la Turquie se joigne aux sanctions contre la Russie. On le dit à nos collègues turcs. Nos rapports sont très francs. Mais nous sommes réalistes, nous comprenons leur point de vue. Au lieu de les critiquer, nous essayons de les comprendre. On ne peut pas demander l’impossible. »

Marie Jégo(Istanbul, correspondante)

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