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La Russie a doublé la Turquie sur le dossier kazakh-Courrier International

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Courrier International, le 11/01/2022

L’Organisation des États turcophones, créée en 2021 sous l’égide de la Turquie, a réuni ses ministres des Affaires étrangères en session extraordinaire le 11 janvier pour discuter du choix de Moscou fait par le président kazakh pour restaurer l’ordre dans son pays.

“La Russie a sorti le Kazakhstan de l’axe du monde turcophone”, titre le quotidien moscovite Nezavissimaïa Gazeta, précisant : “Ce sont les casques bleus des pays ex-soviétiques, et non pas les représentants du ‘Grand Turan’ [idéologie panturque de l’union de tous les peuples turcophones, promue depuis plus d’un siècle], qui rétablissent l’ordre au Kazakhstan.”

Chaînon central du monde turc

La Turquie s’inquiète de perdre “ce chaînon central du ‘monde turcique’”, le Kazakhstan. À la suite des violentes émeutes qui ont eu lieu entre le 2 et le 9 janvier, provoquées par la hausse des prix du gaz, le Kazakhstan a en effet statué sur une “attaque terroriste islamiste” et a fait appel, pour rétablir l’ordre, aux casques bleus de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), organisation politico-militaire régionale sous l’égide de Moscou et dont le Kazakhstan fait partie.

Ironie du sort : c’est Noursoultan Nazarbaev, l’ancien président du Kazakhstan, l’éminence grise de la politique kazakhstanaise et cible de la colère des manifestants la semaine passée, qui, depuis la dissolution de l’Union soviétique en 1991, œuvrait avec énergie pour “réunir tous les turcophones qui pourraient devenir une force efficace dans le monde”, rappelle le média russe Analytical Network News Agency.

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“Nous sommes prêts à apporter tout aide et soutien à nos frères kazakhs”, s’est empressé à déclarer le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar, cité par Nezavissimaïa Gazeta. Il a rappelé les “succès de la Turquie dans la lutte antiterroriste, notamment en Syrie”, comme pour “signifier au Kazakhstan qu’il lui serait plus profitable de coopérer avec la Turquie qu’avec la Russie”.

Et le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, relayé par le site azerbaïdjanais Trend, de renchérir : “Les problèmes d’un pays membre du monde turcique sont l’affaire de tous les membres, le monde a pu le constater sur l’exemple de la victoire [de l’alliance turco-azerbaïdjanaise] au Karabakh [contre les Arméniens en 2020]”.

“Nous réitérons notre proposition au gouvernement et au peuple du Kazakhstan de leur apporter toute aide nécessaire pour surmonter la crise”, peut-on lire dans le communiqué de presse des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation des États turcophones (créée en 2021), réunis en session extraordinaire le 11 janvier pour discuter des événements au Kazakhstan, rapporte le site azerbaïdjanais Vedomosti.

La Turquie a investi à perte

Peine perdue : selon l’aveu de certains experts turcs, relayé par le quotidien russe, l’arrivée de l’OTSC au Kazakhstan signifie que “les ressources matérielles, organisationnelles et idéologiques colossales que la Turquie a investies au Kazakhstan depuis des années sont tombées à l’eau”.

Gifle de plus pour Ankara : le Kirghizistan, pays turcophone et membre de l’OTSC “participe aussi à la mission du maintien de la paix au Kazakhstan”, observe Nezavissimaïa Gazeta.

Mais Ankara a dû subir un affront plus grave encore. Le quotidien d’Erevan Golos Armenii a plaisir à citer l’expert azerbaïdjanais Aidyn Gouliev, dépité du fait que l’Arménie, à la tête de la présidence tournante de l’OTSC, cette même Arménie qui “a subi une lourde défaite [dans la guerre du Karabakh]”, ait pris la décision de satisfaire la demande du Kazakhstan et d’y déployer des casques bleus. Pour l’expert, “l’OTSC, et plus concrètement le gouvernement arménien, semble se venger du Kazakhstan pour son soutien à Bakou [en 2020]”.

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L’ancien ministre des Affaires étrangères turc et leader du Parti de l’avenir (opposition) Ahmet Davutoglu, cité par le site arménien Nasha Armenia, pose son diagnostic : “Il est inquiétant de voir que le Kazakhstan s’est adressé à l’OTSC, présidée par l’Arménie. Le fait que le nécessaire n’ait pas été fait [par Ankara pour aider le Kazakhstan] témoigne de la faiblesse de la solidarité interne du monde turcique”.

L’expert russe de l’espace postsoviétique Stanislav Pritchine explique que, pour les pays centrasiatiques, “l’idée même d’un ‘monde turcique’ n’est pas tout à fait acceptable, car être turcophone ne veut pas dire faire partie du ‘monde turcique’ – les Russes et les Serbes, deux peuples très proches, ne seront jamais réunis dans un même État”.

Redistribution des zones d’influence

“Les casques bleus de l’OTSC au Kazakhstan ont brouillé les cartes de la Turquie et de l’Azerbaïdjan” – il s’agit ni plus ni moins d’une “redistribution des zones d’influence dans la région [eurasiatique]”se réjouit le député arménien Tigran Abramian sur le site Sputnik Armenia.

Les cartes de la Turquie sur le chemin de la formation d’un empire néo-osmanien sont brouillées”, car le Kazakhstan est retombé “dans la zone d’influence de la Russie”, conclut l’expert arménien Souren Sarkissian sur le site arménien Verelq.

Alda Engoian

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